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L’altération du cycle hydrologique par le réchauffement global, un effet détectable dès les années 1900

Crédits : Pexels.

L’altération des régimes hydrologiques globaux par le réchauffement climatique peut être détectée dès le début des années 1900. C’est en tout cas ce que rapporte une étude novatrice publiée dans la revue Nature ce 1er mai. L’impact des activités humaines sur les sécheresses et les inondations serait donc notable à l’échelle mondiale depuis plus d’un siècle.

Avec la hausse générale des températures qui afflige la planète, on s’attend grosso modo à ce que les régions sèches deviennent encore plus sèches, et les régions humides encore plus humides. Les scientifiques parlent de cette signature comme l’empreinte digitale des gaz à effet de serre (GES) sur les régimes hydro-climatiques.

L’Europe – en particulier le pourtour méditerranéen -, l’Amérique du Nord et l’Australie sont des zones qui devraient connaître un assèchement marqué. À l’inverse, on s’attend à ce que le sous-continent indien et l’ouest de la Chine – par exemple – deviennent plus humides. Voir l’illustration plus bas.

Les observations des dernières décennies montrent que de telles évolutions sont déjà en cours. Bien que le signal ne soit pas encore très marqué, cela semble toutefois confirmer les craintes.

Le cycle hydrologique mondial perturbé dès le début du 20e siècle

Axée sur l’analyse de l’humidité des sols, une nouvelle étude parue dans la revue Nature avance avoir identifié cette empreinte dès la première partie du XXe siècle*. Autrement dit, selon le papier, l’impact des activités humaines sur les régimes hydrologiques globaux était déjà substantiel à cette époque. En outre, l’empreinte des GES sur la variable étudiée paraît plus nette sur la période 1900-1949 qu’entre 1981 et aujourd’hui !

Entre ces deux périodes – de 1950 à 1975 -, le signal hydro-climatique des GES s’évanouit même. En effet, les anomalies humides ou sèches de part et d’autre du globe ne sont plus symptomatiques de ces derniers. Ainsi, il n’existe pas d’empreinte digitale clairement identifiable. Notons que durant cette phase, la température moyenne du globe a stagné, voire s’est très légèrement refroidie.

hydrologie réchauffement
Tendance modélisée entre 1900 et 2099 pour un indice représentatif de l’état de sécheresse des sols dans un scénario de réchauffement marqué. En brun, ils deviennent plus secs, en vert plus humides. Crédits K. Marvel & al. 2019.

L’explication la plus communément évoquée est l’augmentation sensible des rejets anthropiques d’aérosols soufrés, lesquels réfléchissent efficacement le rayonnement solaire. L’effet réchauffant des GES a donc été en partie compensé, et son impact sur les précipitations masqué par celui des particules fines.

Poursuite et accentuation des tendances au 21e siècle

Après 1975, alors que les rejets d’aérosols soufrés diminuent suite aux accords internationaux sur la qualité de l’air, la température planétaire repart à la hausse. Les régimes de précipitations arborent à nouveau des tendances en accord avec l’augmentation croissante des GES. L’empreinte de ces derniers réémerge donc entre la fin du 20e et le début du 21e siècle, mais n’est toutefois pas aussi nette qu’entre 1900 et 1949.

« Si nous ne la voyons pas devenir plus marquée dans, disons, les 10 prochaines années, nous devrions peut-être nous demander si nous avions raison », précise Kate Marvel, auteure principale du papier. Toutefois, les modèles sont unanimes sur le fait que la signature va s’accentuer. « Les conséquences pour l’Homme de cette évolution, en particulier celles de l’assèchement de grandes étendues d’Amérique du Nord et d’Eurasie, seront probablement graves », rappelle l’étude en guise de conclusion.

* Une reconstruction de l’humidité des sols qui s’étend d’ailleurs sur plusieurs centaines d’années,  et établie grâce à l’utilisation de cernes d’arbres.

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