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[Dossier] Expérimentations animales : pourquoi faut-il les abolir ?

Crédits : Yourfriend123 / Pixabay

« L’expérimentation animale est à la fois un sujet complexe et est d’une grande importance pour la société ». André Ménache, vétérinaire et directeur de l’association Antidote Europe, partage avec nous son point de vue à propos des expérimentations animales en laboratoire et de son soutien à l’initiative citoyenne européenne Stop Vivisection. 

Antidote Europe est une association qui agit pour « la sécurité sanitaire humaine en agissant pour une prévention plus rigoureuse des risques et des traitements plus spécifiques des affections ». Membre du comité scientifique de Stop Vivisection (pour plus d’informations, cliquez ici), André Ménache a exprimé l’intérêt de cette initiative, destinée à abolir les expérimentations animales, à l’audition du 11 mai 2015, au parlement européen :

« Le plus grand défi de cette initiative citoyenne européenne (ICE) n’est pas sur le plan de la science, mais sur celui de la communication. L’ICE cherche à élever le débat, des questions du simple bien-être animal vers une discussion sur la validité du “modèle animal”. Or, aujourd’hui, nous n’avons que très superficiellement évoqué la science. Nous aimerions donc demander à la Commission européenne d’organiser un débat public sur la question scientifique, un débat qui serait semblable à un jury populaire, non avec des experts qui n’auraient que 10 minutes pour s’exprimer, mais où nous aurions 3 , 4 ou 5 jours pour débattre sur un plan strictement scientifique avec des experts des deux camps. »

Tester sur un patrimoine génétique différent : une erreur scientifique

« En ce qui concerne la recherche biomédicale, nous ne sommes pas des rats de 70 kg. En tant que vétérinaire je ne vais pas tester un médicament destiné aux chevaux sur des perroquets. Quel est donc le but de tester des médicaments destinés pour l’homme sur des rats? » Tel est l’argument principal de ce vétérinaire, en faveur de l’abolition des expériences sur les animaux. Chaque espèce a un patrimoine génétique unique : entre un homme et un animal, les réactions à des stimuli peuvent être aussi bien similaires que contraires.

« Bien que l’homme et la souris possèdent beaucoup de gènes homologues (c’est-à-dire identiques ou proches), la plupart des différences entre les souris et les humains proviennent de la régulation de l’activité du gène plutôt que des gènes eux-mêmes ». Autrement dit, le mécanisme biologique d’activation des gènes n’est pas le même d’une espèce à l’autre, même si certains gènes peuvent s’avérer similaires, voire identiques.

Quelles solutions alternatives?

Mais si les expériences sur les animaux en laboratoire sont interdites, quelles sont les solutions alternatives pour continuer de faire avancer la recherche scientifique ? D’autres méthodes sont toutes aussi efficaces et fiables pour tester des produits. « L’une des méthodes qui fournit le plus d’informations sur la substance testée sur cellules humaines en culture s’appelle la “pharmacogénomique” (quand on l’utilise pour évaluer des médicaments) ou “toxicogénomique” (quand elle s’applique à d’autres substances chimiques, des pesticides ou des cosmétiques). »

Selon André Ménache, les règles qui régissent les expériences scientifiques sont en retard sur la science, dans la mesure où celle-ci a fortement évolué depuis l’apparition de la réglementation qui impose des tests sur les animaux. Cependant, « les simples cellules en cultures ou les tests in silico en eux-mêmes ne sont pas suffisamment performants pour prédire l’effet d’une molécule sur un système vivant complexe. La solution est d’utiliser les méthodes les plus fiables du jour, sous forme d’étapes intégrées (en anglais : integrated testing strategy) afin d’éliminer au maximum le risque de faux positifs ou faux négatifs », comme des cellules en 3D, des puces ADN, des organes sur puces, etc.

Les expériences sur les animaux ne peuvent être tolérables, selon lui, seulement si un médicament destiné à soigner un animal en particulier est testé sur ce même animal. La médecine vétérinaire est le seul cadre dans lequel il est acceptable d’utiliser des animaux pour faire avancer la recherche, puisqu’elle est dédiée à les aider et à les soigner. Il est donc logique de tester des médicaments sur eux lorsqu’ils leur sont destinés dès le départ.

Découvrez également le point de vue d’une ingénieure d’étude (cliquez ici) en expérimentations animales travaillant sur des souris pour la recherche contre le cancer.

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