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Qui a tué le paresseux géant ?

Crédits : iStock

Il y a 9 millions d’années, les paresseux géants peuplaient l’Amérique du Sud avant de commencer à migrer vers l’Amérique du Nord. L’espèce s’est ensuite éteinte, mais les raisons de cette extinction sont encore discutées : l’arrivée des Hommes ? Événements naturels ? Aux Caraïbes, la réponse ne fait en revanche plus aucun doute.

Difficile de distinguer les effets de l’Homme des changements climatiques naturels sur la faune, surtout si les deux surviennent à la même époque. C’est notamment le cas en Amérique du Nord, où de nombreuses espèces ont disparu vers la fin de la période glaciaire, il y a environ 12 000 ans, à l’heure où les premiers Hommes débarquaient. Attribuer un blâme est impossible. En revanche, pour les Caraïbes, c’est différent. Une étude menée par des chercheurs de l’Université John Hopkins de Baltimore, dans le Maryland, relève en effet que si l’ère glaciaire a pris fin il y a 12 000 ans, les preuves archéologiques montrent que les humains n’ont débarqué dans ces îles qu’il y a environ 5 000 ans, époque à laquelle nos chers paresseux ont disparu.

« Arrivée des Hommes et changements climatiques se produisent à des moments similaires sur de nombreux continents », explique Alexis Mychajliw, coauteur de l’étude. « Cependant, les îles du monde entier n’ont généralement été colonisées que plus tard, et nos recherches suggèrent des impacts écologiques à chaque fois que les humains débarquent ». Ici, les grands mammifères ont quasiment tous disparu dans les Caraïbes après l’arrivée des humains. Sur les 130 mammifères figurant en effet dans les archives fossiles, seuls 73 survivent aujourd’hui. Les recherches montrent également qu’il y a 500 ans, une deuxième extinction de masse est survenue suite à l’arrivée des Européens.

Cette fois, ce sont les petits mammifères qui ont succombé. « Les rongeurs endémiques, des petits insectivores ressemblant à des musaraignes et de nombreuses espèces de chauves-souris n’avaient aucune chance », explique Siobhán Cooke, coauteur de l’étude. Les nouveaux arrivants avaient effectivement embarqué dans leurs cargaisons des colonisateurs du Vieux Monde, comme des chats, des rats, des chiens, des vaches et des mangoustes. « C’est une étude des plus élégantes », raconte Ross MacPhee, expert en paresseux au Musée américain d’histoire naturelle de New York. « Il y a rarement qu’un fusil fumant pour expliquer une extinction, mais cette étude nous montre que la plupart des pertes enregistrées aux Antilles sont corrélées avec l’arrivée des Hommes ».

Vous retrouverez tous les détails de cette étude dans la revue Annual Review of Ecology, Evolution, and Systematics.

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