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Le jour où deux chevaux ont permis de sauver le fossile d’un brachiosaure

Crédits : Brian Engh, avec l'aimable autorisation de l'auteur.

Le brachiosaure se fait rare dans les archives fossiles. Alors quand vous tombez sur un os, surtout vous ne le lâchez pas.

En mai dernier, alors qu’il explorait une corniche rocheuse dans la formation Morrison, à l’ouest des États-Unis, le paléoartiste Brian Engh trébuche sur quelque chose. A priori, une simple pierre. Mais en y regardant de plus près, il s’est vite rendu compte qu’il était tombé sur un os.

Il appelle alors son ami et collègue Matt Wedel, anatomiste et paléontologue à la Western University of Health Sciences, qui opérait des fouilles à proximité. Une fois sur place, ce dernier n’a pas eu besoin de réfléchir longtemps. Un tel os ne pouvait appartenir qu’à un seul animal : un brachiosaure.

Une découverte rare

Connus du grand public depuis la sortie du film Jurassic Park (1993), les brachiosaures, qui marchaient sur Terre il y a entre 150,8 millions et 155,7 millions d’ années, se font particulièrement rares dans les registres fossiles. Seule une dizaine de spécimens ont en effet été découverts depuis le début des années 1900, et aucun d’entre eux n’est complet.

Ce qui est étonnant, au passage, dans la mesure où la formation Morrison a révélé des centaines de fossiles de camarasaurus, de diplodocus, ou encore de brontosaures, tous des sauropodes à long cou qui vivaient à la même époque.

« Nous ne savons pas vraiment pourquoi les brachiosaures sont si rares, explique John Foster, conservateur à l’Utah Field House. Ces dinosaures vivaient peut-être un peu plus loin et leurs corps ont peut-être été emportés dans la zone. Il se peut aussi que l’environnement dans lequel ils évoluaient ait été inadapté à la préservation de leurs os ».

D’où l’intérêt de cette incroyable découverte. « Je travaille dans la formation Morrison depuis 10 ans et je n’aurais jamais pensé que nous puissions déterrer un brachiosaure, explique sa femme, la paléontologue Rebecca Hunt-Foster, qui a participé à l’étude. Je n’ai même jamais pensé que nous puissions en voir un de notre vivant ».

Cet os, de deux mètres de long, était l’humérus droit du dinosaure. Le problème, c’est que le fossile semblait perché au bord d’un ravin, et la terre l’enserrant paraissait très meuble. « Nous savions que nous devions le retirer avant que les pluies d’hiver ne tombent et ne le fassent basculer, écrit Brian Engh. Ou encore que le gel et le dégel ne brisent l’os en morceaux ».

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Le fossile de l’humérus droit (FHPR 17108) à côté d’une illustration d’un brachiosaure à l’échelle. Crédits : Brian Engh, après l’aimable autorisation de l’auteur

Deux chevaux à la rescousse

Malheureusement, se posait encore un autre problème de taille. La zone où était enterré l’humérus était très difficile d’accès. Impossible de s’y rendre en voiture, et l’évacuation du fossile par hélicoptère aurait coûté trop cher. Les chercheurs n’avaient aucun budget. Ils ont pensé mettre en place une collecte de fonds, mais ils auraient perdu un temps précieux.

Rebecca Hunt-Foster s’est alors tournée vers le directeur de la boutique de cadeaux de son musée, dont le cousin possédait des juments de Clydesdale – une race de chevaux de trait – nommées Darla et Molly.

Après autorisation du propriétaire, ces dernières ont donc été envoyées sur place dès le mois d’octobre suivant. Il a fallu une journée entière pour creuser, déterrer l’os de plus de 500 kilos et l’éloigner du ravin. Une fois l’humérus tiré, les deux juments ont pu le déplacer sur près d’un kilomètre en seulement quelques minutes. De là, un véhicule a pris le relais.

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Crédits : Brian Engh, après l’aimable autorisation de l’auteur
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L’os, enveloppé dans du plâtre de Paris, prêt à être remorqué par un véhicule utilitaire. Crédits : Brian Engh, après l’aimable autorisation de l’auteur

L’os gigantesque, en bon état, est depuis exposé dans le musée du parc d’État de l’Utah Field House of Natural History. Et finalement, ça n’aurait jamais été possible sans l’aide précieuse de ces deux chevaux.

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