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Un monde infernal observé à 129 années-lumière

Vue d'artiste de HR 8799e. Crédits : ESO / L. Calçada

L’instrument GRAVITY, installé sur le Very Large télescope (VLT), a permis la première observation directe d’une exoplanète par interférométrie optique. Un monde infernal situé à 129 années-lumière.

Observation directe et détaillée

Sur les 3 926 exoplanètes confirmées à ce jour, seules quelques-unes ont été observées directement. Mais les choses pourraient bientôt évoluer à mesure que les instruments s’affinent. C’est le cas ici. Une équipe d’astronomes explique avoir – grâce à un nouvel instrument baptisé GRAVITY – combiné les quatre télescopes du VLT de l’ESO, pour créer un super-télescope. La technique (interférométrie optique) a permis de collecter les lumières émises par une étoile et sa planète, avant de les séparer pour faire le distinguo entre les deux objets.

En d’autres termes, grâce à nouvelle technique, les astronomes ont été en mesure d’imager directement l’exoplanète, tout en laissant de côté son étoile. Ils ont ainsi pu analyser sa lumière, déterminant ainsi les composants de son atmosphère. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que HR8799e, retrouvée à 129 années-lumière, n’est pas un monde que l’on pourrait qualifier d’accueillant. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Astronomy & Astrophysics.

télescopes
Vue aérienne du Very Large Telescope, installé au Chili. Crédits : Wikipédia

Un monde jeune et hostile

HR8799e est ce que les astronomes appellent une « super-Jupiter ». Aucune planète de ce genre n’est observée dans notre système. HR8799e est plus grande et plus massive que Jupiter, mais également beaucoup plus jeune : environ 30 millions d’années seulement. Un bébé planète, en quelque sorte. Et un bébé infernal : il ferait pas loin de 1 000 °C en surface. Mais levez les yeux, et vous ne serez pas mieux lotis.

« Notre analyse a montré que HR8799e présentait une atmosphère contenant beaucoup plus de monoxyde de carbone que de méthane, explique Sylvestre Lacour, chercheur au CNRS à l’Observatoire de Paris-PSL. Nous pouvons expliquer ce résultat surprenant par la présence de vents verticaux élevés dans l’atmosphère empêchant le monoxyde de carbone de réagir avec l’hydrogène pour former du méthane ».

Les chercheurs expliquent également avoir découvert que l’atmosphère contenait des nuages ​​de fer et de poussière de silicate. Ajoutez à cela l’excès de monoxyde de carbone, et vous retrouvez une atmosphère inhospitalière, balayée par de violentes et gigantesques tempêtes.

« Nos observations suggèrent une boule de gaz illuminée de l’intérieur, avec des rayons de lumière chaude tourbillonnant à travers des plaques d’orage de nuages ​​sombres, précise le chercheur. La convection se déplace autour des nuages ​​de particules de silicate et de fer, qui se désagrègent et pleuvent à l’intérieur. Cela dépeint l’atmosphère dynamique d’une exoplanète géante, soumise à des processus physiques et chimiques complexes ».

Les chercheurs prévoient maintenant des observations de suivi pour tenter de récolter d’autres informations, comme la masse de la planète. Et bien sûr, à terme, cette nouvelle technique pourrait être appliquée à d’autres planètes. Cela permettrait ainsi de mieux appréhender les mondes qui nous entourent.

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