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Cette étude évalue la pollution médicamenteuse des rivières du monde

Au fil des décennies, le développement et l’utilisation des médicaments ont permis d’augmenter l’espérance de vie humaine. En revanche, les résidus de ces mêmes médicaments représentent une importante pollution qui impacte l’environnement. D’ailleurs, selon une étude récente, un quart des sites ont une concentration en substances médicamenteuses potentiellement dangereuse pour l’environnement.

Des travaux de grande ampleur

La pollution de l’eau par les résidus de médicaments revient parfois sur le devant de la scène. En 2021, une étude australienne permettait d’affirmer que l’exposition aux rejets de médicaments par les humains avait des effets néfastes sur le comportement des poissons. Quelques mois plus tard au Royaume-Uni, d’autres travaux soulignaient l’impact des résidus de diverses drogues, dont la MDMA, dans la rivière Whitelake, à proximité du site du célèbre festival de Glastonbury.

Publiée le 15 février 2022 dans la revue PNAS, une nouvelle étude traite quant à elle de la pollution médicamenteuse des rivières à l’échelle globale. Il s’agit de la toute première étude dont l’objectif est de mesurer sous forme de diagnostic l’étendue de ce type de pollution. Ces recherches ont été menées par l’Université d’York (Royaume-Uni) avec la collaboration de plus de 80 instituts de recherches dont l’INRAE.

L’étude compte 1 052 échantillons de nombreuses rivières se trouvant aux quatre coins du monde dont l’Amazone, le Mékong ou encore le Mississippi ainsi que l’Amérique du Sud, l’Afrique subsaharienne et certaines contrées en Asie du Sud qui n’avaient jamais été étudiées. Certains échantillons ont été prélevés dans des villes très peuplées telles que New York (États-Unis) et New Delhi (Inde) et d’autres, dans des lieux où l’on n’utilise pas de médicaments modernes comme le village de Yanomami (Venezuela). Par ailleurs, l’étude a permis d’analyser pas moins de 61 substances médicamenteuses parmi les plus courantes. Citons notamment les antibiotiques, analgésiques, anti-inflammatoires et autres antidépresseurs.

fleuve mékong
Le fleuve Mékong. Crédits : Bjørn Christian Tørrissen / Wikipedia

Des résultats inquiétants

L’étude a mis l’accent sur la rigueur en utilisant un protocole similaire pour chaque prélèvement. De plus, un seul laboratoire a assuré la mission d’analyser le degré de contamination des rivières. Selon les résultats, l’importance de la pollution des rivières a un lien avec les caractéristiques socio-économiques des pays. Les chercheurs expliquent que les pays à faibles revenus ne bénéficiant pas de système de traitement des eaux usées domestiques ou provenant de l’industrie pharmaceutique ont les sites les plus contaminés.

Voici deux exemples de chiffres relatifs à de fortes concentrations en substances médicamenteuses : au Pakistan (concentration moyenne : 70,8 µg/L, maximum 189 µg/L) et en Bolivie (concentration moyenne : 68,9 µg/L, maximum 297 µg/L). Par ailleurs, les scientifiques indiquent qu’un quart des sites ont une concentration potentiellement dangereuse pour l’environnement. La sulfaméthoxazole et la ciprofloxacine, deux types d’antibiotiques, mais aussi la loratadine, un antihistaminique, reviennent très souvent. Citons également un médicament permettant de traiter l’hypertension : le propranolol.

Cette étude est donc la première à avoir la particularité de dresser un état des lieux à l’échelle internationale, tout en incluant des zones où les informations étaient inexistantes. Cette approche pourrait à l’avenir s’appliquer à différents niveaux, notamment les organismes vivants et les sols. À terme, l’objectif est de mettre en place des réseaux internationaux de surveillance de la pollution.