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Guerre en Ukraine : doit-on s’alarmer de l’utilisation d’armes hypersoniques par la Russie ?

Crédits : Kremlin/Wikipédia

Il y a peu, la Russie a fait savoir au monde qu’elle avait utilisé par deux fois des missiles hypersoniques en Ukraine. Les experts et autres observateurs craignent une possible escalade du conflit.

Une première sur un champ de bataille

La question des missiles hypersoniques revient parfois sur le devant de la scène. En effet, ce type d’armes fait depuis quelques années déjà l’objet d’une course à l’armement. Divers pays développent ce type d’armes dont la Chine, les États-Unis et même la France avec son V-Max. La Russie est également de la partie et a déclaré en avoir fait usage dans l’ouest de l’Ukraine. Or, il s’agit de la toute première fois qu’une telle arme apparaît sur un champ de bataille.

Les attaques se sont déroulées dans l’ouest et le sud de l’Ukraine. La première visait un dépôt de munitions à proximité de la frontière roumaine et la seconde un dépôt de carburant près de la ville de Mykolaïv. Rappelons tout de même que les missiles hypersoniques russes Kh-47M2 Kinzhal ont des caractéristiques assez impressionnantes. En théorie, ils sont en effet capables d’atteindre Mach 9 (plus de 11 000 km/h) et de parcourir une distance d’environ 2 000 km.

Rapide, furtif et difficile à intercepter

Il faut savoir qu’un missile hypersonique se définit en tant que tel par sa capacité à dépasser la vitesse de Mach 5 (soit plus de 6 100 km/h). Vers les années 2000, plusieurs puissances ont débuté une modernisation de leurs équipements, dont la Chine, les États-Unis et la Russie. Le missile Kinzhal dévoilé en 2018 reprend l’architecture du système balistique Iskander (2006) de courte et moyenne portée, comprenant deux missiles balistiques (M et E) et d’un missile de croisière (K).

Le Kinzhal est un missile air-sol pouvant être lancé depuis deux appareils, l’avion de chasse MiG31 et le bombardier supersonique Tupolev Tu22M. Or, s’il est habituellement question de frappes conventionnelles, il peut également s’agir d’embarquer des têtes nucléaires. Malheureusement, la vitesse que peut atteindre cette munition fait que son interception est quasi impossible. Par ailleurs, sa détection même est complexe, ce qui le rend plutôt imprévisible.

missile kinzhal
Un avion MiG31 embarquant un missile Kinzhal. Crédits : Ministry of Defence of the Russian Federation / Wikimedia Commons

Une simple tentative d’intimidation ?

Après que le ministère de la Défense russe ait annoncé les deux utilisations du Kinzhal en Ukraine, de nombreux articles alarmistes ont envahi les réseaux sociaux. Le spectre de la guerre froide plane, au regard des caractéristiques du missile et son utilisation par l’armée russe. Sans surprise, la principale crainte est celle d’un conflit direct entre la Russie et les forces de l’OTAN. De plus, le Kremlin adopte une posture visant à intimider le monde en vantant ses capacités militaires. Citons également Kaliningrad, la petite enclave russe surarmée située entre la Pologne et la Lituanie.

Néanmoins, la qualité hypersonique du missile Kinzhal serait discutable selon un récent tweet de Joseph Henrotin, politologue et rédacteur en chef de Défense et Sécurité Internationale (DSI). Avec d’autres experts, il pense que l’utilisation du Kinzhal est peut-être le résultat de l’épuisement des stocks de missiles Iskander ou encore une simple manœuvre d’essai. Il pourrait également s’agir d’une opération de force afin de susciter la peur, à l’heure où la Russie semble s’enliser en Ukraine.

En attendant, l’OTAN révélait le 15 mars 2022 que la Russie avait procédé à plus de sept cents frappes depuis le début de la guerre. Ces bombardements ont déjà dévasté plusieurs villes ukrainiennes telles que Marioupol et Kharkiv, faisant plus d’un millier de décès parmi les civils.