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Dinosaures : cinq découvertes qui ont marqué l’année 2020

Crédits : Jason Treat

Malgré la pandémie de Covid-19, les paléontologues ont continué de creuser et d’analyser de nombreux fossiles, nous livrant des informations cruciales sur nos créatures préhistoriques préférées. Voici notre sélection des cinq principales découvertes sur les dinosaures qui ont marqué cette année 2020.

1. Un minuscule parent des dinosaures et des ptérosaures

En juillet dernier des paléontologues annonçaient avoir identifié un nouvel ancêtre des dinosaures et des ptérosaures évoluant il y a environ 237 millions d’années. L’animal, nommé Kongonaphon kely, ne mesurait qu’une dizaine de centimètres de hauteur.

Concrètement, les dinosaures et les ptérosaures appartiennent tous deux au groupe des Ornithodires. Celui-ci s’est scindé en deux au milieu du Trias, avec d’un côté les ptérosaures, et de l’autre les dinosauromorphes. Plus tard, ces mêmes créatures donneraient ensuite naissance aux dinosaures.

Kongonaphon kely, lui, aurait évolué à la racine de ce groupe, avant que ces deux lignées de se séparent.

Bien que ce spécimen ne soit pas le premier connu évoluant à ce niveau de l’arbre généalogique des dinosaures, de tels animaux “miniatures” étaient jusqu’à présent considérés comme des “exceptions”. Désormais, les paléontologues suggèrent que ces dimensions étaient peut-être plus communes qu’on ne le pensait.

L’une des idées avancées propose que certaines espèces évoluant juste avant la divergence des dinosaures et des ptérosaures ont essuyé un “évènement de miniaturisation”. Combiné au passage à un régime à base d’insectes, celui-ci pourrait avoir aidé ces premiers Ornithodires à survivre en investissant les zones de ressources non occupées auparavant par les archosaures mangeurs de viande.

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Crédits : Alex Boersma

2. Le Spinosaure vivait dans l’eau

Connu depuis sa découverte en 1912, le Spinosaure est longtemps resté mystérieux aux yeux des paléontologues en raison de la nature fragmentaire de ses restes. Au fil du temps, le physique de ce prédateur, qui évoluait il y a entre 100 et 95 millions d’années, a néanmoins commencé à se dessiner.

On imaginait alors un dinosaure d’environ quinze mètres de long, arborant une grande crête dorsale et un long museau muni de dents coniques rappelant celles des crocodiles. On suggérait alors que le spinosaure était piscivore, du moins en partie. Une hypothèse également renforcée par l’ouverture de son nez rétracté, positionnée plus en arrière sur le crâne par rapport aux autres dinosaures prédateurs, qui aurait permis une reprise d’oxygène plus rapide dès son retour en surface.

Toutes ces caractéristiques laissaient donc à penser que ce dinosaure avait un mode de vie semi-aquatique. Une découverte faite cette année a définitivement confirmé ces soupçons.

L’analyse de la queue d’un jeune spécimen retrouvée au sud-est du Maroc nous a en effet révélé une forme de pagaie capable d’un mouvement latéral étendu. Un modèle numérique de cette queue a également livré une structure étonnamment flexible, permettant une grande amplitude de mouvement. Cette queue générait huit fois plus de poussée dans l’eau que la queue de deux autres théropodes connus : Allosaurus et Coelophysis.

Au regard de ces résultats, les paléontologues en sont aujourd’hui convaincus : Spinosaurus aegyptiacus ne se postait pas seulement dans les eaux peu profondes en attendant le passage des poissons; il utilisait aussi la locomotion propulsée par la queue pour chasser des proies à la manière des crocodiles modernes. C’est la première fois qu’une telle adaptation est rapportée chez un dinosaure.

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Crédits : Durbed/wikipédia

3. Un premier cancer malin identifié chez un dinosaure

L’animal en question est un Centrosaurus apertus, un dinosaure à cornes évoluant il y a 76 à 77 millions d’années. Découvert en 1989 au Canada, son péroné (os de la jambe) dénotait par l’une de ses extrémités déformée. Si au départ, les paléontologues ont établi qu’elle témoignait d’une ancienne fracture en voie de guérison, une ré-analyse de l’ossement faites grâce à des techniques modernes a finalement permis de conclure que l’animal souffrait d’un ostéosarcome. C’est la première fois qu’un tel cancer est isolé dans l’os d’un dinosaure.

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Crédits : Danielle Dufault

4. En Afrique à la nage

Nous savons grâce aux registres fossiles que les Hadrosauridae, ou “dinosaures à bec de canard”, ont évolué en Amérique du Nord avant de se répandre en Amérique du Sud, en Asie et en Europe grâce à des ponts terrestres.

En novembre dernier, une équipe de paléontologues a cette fois annoncé la découverte des restes (dents et mâchoires) de l’un de ces animaux… en Afrique. Or, nous savons qu’à cette époque le continent africain était isolé par des voies maritimes. Pour les chercheurs, il est possible que ce spécimen, et probablement d’autres avec lui, ait atteint les côtes africaines soit en nageant en eaux libres, soit en faisant du “stop” sur des radeaux de débris.

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Crédits : Raul Martin

5. Un bébé sauropode non éclos

Grâce à une technique de microtomographie synchrotron, des paléontologues ont récemment pu étudier de près la structure interne d’un sauropode (probablement un Titanosaure) à l’état embryonnaire. Ils ont ensuite pu reconstituer en 3D le visage de ce petit dinosaure avant l’éclosion.

De manière inattendue, ces scans ont révélé une vision binoculaire (les deux yeux sont utilisés simultanément). Les orbites de l’animal étaient également plus inclinées vers l’avant que chez les spécimens adultes.

D’après les chercheurs, il est probable que les sauropodes juvéniles bénéficiaient d’une perception visuelle bien meilleure que les plus grands, leurs permettant de mieux juger les distances ou de repérer des prédateurs camouflés. Rappelons en effet que si les sauropodes adultes pouvaient mesurer plus de trente mètres et peser plusieurs dizaines de tonnes, les petits ne mesuraient que quelques centimètres à la naissance.

Autre point intéressant, les chercheurs ont également observé une “petite corne” sur le crâne de l’embryon. Cette caractéristique physique aurait pu aider ces petits à se fendre à travers l’enveloppe d’incubation protectrice de l’œuf, à la manière de nombreux animaux vertébrés pondeurs modernes, tels que les oiseaux et les crocodiles, qui utilisent une “dent d’œuf” pour percer leur coquille.

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Crédits : Kundrát et al., Current Biology, 2020