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Covid-19 : les plus grands observatoires du monde sont à l’arrêt

ALMA, au Chili. Crédits : ESO/C. Malin

Partout dans le monde, ou presque, les mesures de confinement liées à la pandémie de Covid-19 ont mené de nombreux observatoires à fermer leurs portes. Une mise à l’arrêt qui pourrait avoir de lourdes conséquences pour l’astronomie.

Un récent article du magazine Astronomy nous révèle que plus de 120 observatoires, parmi lesquels figurent certains des plus puissants télescopes de la planète, ont dû fermer leurs portes au cours de ces dernières semaines en raison de la pandémie de COVID-19. Neuf des 10 plus grands télescopes optiques d’Amérique du Nord sont notamment concernés, tout comme des dizaines d’instruments au Chili, véritable épicentre de l’observation astronomique. En Espagne et en Italie, de nombreux observatoires sont également touchés.

Bien évidemment, la plupart de ces télescopes peuvent toujours fonctionner en mode “classique”, et certaines manipulations peuvent être réalisées à distance. Mais les observatoires sont tellement grands et équipés d’instruments si complexes et spécialisés qu’une présence humaine est aujourd’hui constamment requise, qu’il s’agisse d’astronomes, d’ingénieurs ou de techniciens.

Notons tout de même que quelques grandes structures sont encore actives. C’est notamment le cas de l’Observatoire de Green Bank aux États-Unis, qui héberge le Green Bank Telescope (GBT), le plus grand radiotélescope orientable du monde. C’est également le cas des deux télescopes du projet Pan-STARRS, au sommet du volcan Haleakala à Hawaï, et ceux de la Catalina Sky Survey, basés au mont Lemmon en Arizona, tous chargés de traquer les astéroïdes potentiellement dangereux.

Situé à l’Observatoire McDonald, dans l’ouest du Texas, le télescope optique Hobby-Eberly reste également ouvert, et ce grâce à une dérogation spéciale et à des changements drastiques dans les procédures d’exploitation. Ce ne sont ici que des exemples; d’autres structures fonctionnent également avec des équipes réduites. Mais, dans l’ensemble, il y a tout de même en cette période beaucoup moins d’instruments disponibles.

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L’observatoire Pan-STARRS. Crédits : Pixabay

Quelles conséquences pour la recherche astronomique ?

Reste à savoir quels pourraient être les impacts de cette mise à l’arrêt des télescopes qui, selon certains directeurs d’observatoires, pourrait durer entre trois et six mois.

Ces fermetures, d’une part, signifient que nous allons manquer de nombreuses données qui autrement auraient été recueillies. « S’il s’avère que notre première supernova brillante depuis des centaines d’années venait à se manifester, ce serait terrible », explique l’astronome John Mulchaey, directeur des Carnegie Observatories. « Mais à l’exception d’événements très rares comme celui-ci, la plupart des travaux scientifiques seront effectués l’année prochaine. L’Univers a 13,7 milliards d’années. Nous pouvons attendre quelques mois ».

En effet, à court terme, de nombreuses recherches peuvent être repoussées. En revanche, les perspectives pourraient vite s’assombrir si l’on considère les impacts à long terme de la pandémie sur l’astronomie. Interrogés par le magazine, de nombreux experts ont en effet exprimé leur inquiétude vis-à-vis de la récession qui semble s’annoncer dans de nombreux pays. Car si l’économie mondiale déraille, les budgets alloués pour tel ou tel projet pourraient être revus à la baisse, voire même annulés.

« Oui, il y aura une perte de données pendant environ six mois, mais l’impact économique pourrait être plus important à long terme », confirme Tony Beasley, directeur de l’Observatoire national de radioastronomie (États)Unis). « Il va être difficile de construire de nouveaux télescopes car des millions de personnes seront sans emploi. Je soupçonne que le plus grand impact sera l’hiver nucléaire financier que nous sommes sur le point de vivre ».

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