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Des traces d’une ancienne civilisation amazonienne découvertes

Capture d'écran d'une animation 3D du site Cotoca. Crédits : H. Prümers / Institut archéologique allemand

La technologie lidar a permis de révéler de nouvelles preuves de colonies construites par une civilisation préhispanique « perdue », résolvant un débat scientifique de longue date sur la capacité de la région à supporter une grande population. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Nature.

Des vestiges archéologiques d’urbanisme agraire à faible densité ont été signalés sous les forêts tropicales d’Asie du Sud-Est, du Sri Lanka ou encore d’Amérique centrale. Jusqu’à présent en revanche, de telles preuves manquaient pour l’Amazonie préhispanique. C’est désormais chose faite. En effet, des chercheurs ont récemment découvert la présence de deux sites remarquablement étendus (147 ha et 315 ha) appartenant à une ancienne culture au sud-ouest de l’Amazonie.

La découverte a été faite grâce à la technologie lidar. L’idée consiste à libérer des milliers d’impulsions laser infrarouges depuis un hélicoptère qui rebondissent chaque seconde sur le terrain au sol. La technique permet ainsi de révéler des structures archéologiques sous une végétation dense qui, autrement, seraient passées inaperçues.

Les chercheurs ont ainsi découvert les vestiges de plusieurs colonies intégrées dans un réseau de routes, de chaussées, de réservoirs et de canaux. Ici, vivait le mystérieux peuple Casarabe, que nous savions présent dans la région Llanos de Mojos du bassin amazonien entre 500 et 1400 après JC.

colonie amazonie
Emplacement des vestiges nouvellement découverts. Crédits : H. Prümers / Institut archéologique allemand

Une civilisation plus interconnectée qu’on ne le pensait

Jusqu’à présent, en se basant sur les récits des missionnaires espagnols du XVIe siècle, il était admis que les communautés locales étaient très isolées les unes des autres. En réalité, les membres de ce peuple étaient beaucoup plus nombreux qu’on ne le pensait auparavant, instituant un « urbanisme tropical à faible densité sur une vaste zone », selon les auteurs.

Ces colonies auraient pu abriter des milliers de personnes. Vingt-quatre sont maintenant connues, dont neuf ont été découvertes pour la première fois dans la récente étude lidar.

« En une heure de marche, vous pouvez vous rendre dans une autre colonie« , détaille Heiko Prümers, archéologue à l’Institut archéologique allemand de Bonn.

L’autre point à retenir est que ces colonies ont été construites autour d’infrastructures massives de canaux et de réservoirs permettant la gestion de l’eau. Ces voies navigables rayonnaient dans toutes les directions depuis les principales colonies. Ces systèmes ont peut-être été utilisés pour contrôler les inondations saisonnières de la région ou pour permettre la culture du maïs et d’autres cultures dans des zones surélevées. Il est aussi possible que certains réservoirs aient été utilisés pour élever du poisson.

Cette dépendance vis-à-vis de ces installations pourrait également leur avoir coûté cher. Les chercheurs spéculent en effet que la pénurie d’eau pendant une période sèche prolongée pourrait avoir joué un rôle dans la disparition de la civilisation Casarabe vers 1400 après JC, soit plus de cent ans avant l’arrivée des Espagnols.