in

Russie : une “décharge nucléaire” menace l’océan Arctique

Crédits : capture Google Maps

Bordant l’océan Arctique, la mer de Kara en Russie renferme une vingtaine de sous-marins et réacteurs nucléaires de l’époque soviétique. Aujourd’hui, la Russie désire régler la situation, mais cette décharge nucléaire représente de plus en plus un risque pour les eaux arctiques.

La décharge nucléaire russe de l’Arctique

Ce n’est pas un scoop : l’Union soviétique (1922-1991) a abondamment utilisé la mer de Kara comme une décharge nucléaire. Comme l’explique Popular Mechanics le 17 janvier 2021, une quinzaine de réacteurs nucléaires gisent en fond de cette mer. À cela, il faut ajouter au moins quatre sous-marins nucléaires, ayant subi des attaques ou des accidents. L’Association Générale des Amicales de Sous-Mariniers (AGASM) expliquait dans un article publié en juillet 2020 que via la société d’État Rosatom,  la Russie travaille actuellement sur un navire dont la mission sera de récupérer ces sous-marins nucléaires. Toutefois, ce navire ne devrait pas arriver avant 2032.

Or, le fait est que ces sous-marins génèrent un million de curies, soit 3,7 x 1010 becquerels. Lorsque l’on y ajoute les autres déchets nucléaires présents dans la zone, on obtient un rayonnement 6,5 fois plus important que celui libéré à Hiroshima (Japon) en 1945.

Une situation très compliquée

Citons l’exemple du Komsomolets (voir ci-après), ayant sombré au large de la mer de Barents en 1989. Vingt ans plus tard, une expédition russo-norvégienne y a mesuré des taux de radioactivité atteignant 800 becquerels par litre d’eau. Or, ce taux est 800 000 fois supérieur à la normale. Ce bâtiment renferme en outre deux ogives nucléaires de 3 kg chacune remplies de plutonium, un matériau que la corrosion de la coque risque de décomposer.

Komsomolets sous-marin
Crédits : Public Domain / Wikipedia

Un autre sous-marin laisse craindre le pire, à savoir le K-159 gisant à une profondeur de 248 mètres depuis 2003. Or, le navire se trouve en plein milieu d’une zone de pêche importante. Ainsi, toute fuite de matériau radioactif pourrait contaminer les poissons et autres fruits de mer. Pour Andrey Zolotkov, directeur de l’ONG Bellona interrogé en 2019 par The Barents Observer, ces déchets nucléaires pourraient nuire aux plans de développement de la route maritime du nord. De plus en plus de propriétaires de navires refusent d’emprunter ce chemin.

Ainsi, la situation est compliquée en attendant l’arrivée du navire-nettoyeur de Rosatom en 2032. De plus, cette société entend respecter ses délais, mais rien n’est encore certain. Et surtout, les épaves et autres réacteurs gisant dans les profondeurs tiendront-ils encore plus d’une décennie ? Cette question représente le cœur du problème…