in

Les requins du Groenland n’ont pas besoin de beaucoup manger

Crédits : Hemming1952

En étudiant les taux métaboliques de plusieurs requins du Groenland, des chercheurs ont obtenu des informations précieuses sur cette espèce qui doit faire face à de nombreuses pressions anthropiques. Or, ces poissons n’auraient besoin que d’environ deux cents grammes de poisson par jour pour survivre. Ce métabolisme lent pourrait également expliquer leur incroyable longévité.

Le requin du Groenland (Somniosus microcephalus), une espèce emblématique des mers arctiques. Sa longueur moyenne est comprise entre 2,5 à 4,5 m, mais certains spécimens peuvent dépasser les sept mètres de long. C’est également le vertébré à la longévité la plus importante. Une recherche publiée dans Science en 2016 s’était en effet appuyée sur les changements atmosphériques causés par des essais de bombes nucléaires sur plusieurs décennies pour estimer l’âge de 28 de ces requins. À l’époque, le plus âgé d’entre eux avait entre 335 et 392 ans. Sur la base de ce constat, les scientifiques pensent qu’ils pourraient vivre entre 400 et 500 ans.

Dans le cadre d’une nouvelle étude, une équipe dirigée par Eric Ste-Marie, de l’Université de Windsor au Canada, s’est intéressée au régime alimentaire de ces poissons encore énigmatiques pouvant évoluer à plusieurs centaines de mètres de profondeur. Pour ce faire, les chercheurs ont examiné le taux métabolique de plusieurs spécimens, qui est un indicateur de la quantité de nourriture dont un animal a besoin pour survivre au jour le jour.

Petits mangeurs

Pour ces travaux, les chercheurs ont capturé une trentaine de requins en cinq ans. Tous ont été marqués, échantillonnés et équipés de bio-enregistreurs. Ces derniers ont permis de collecter des informations sur leurs mouvements, la température corporelle et la température de l’eau. L’analyse des données recueillies a montré que l’espèce était très léthargique, se déplaçant à un rythme très lent.

En utilisant ces informations, l’équipe a pu déterminer les besoins caloriques quotidiens de cette espèce. D’après eux, un individu pesant environ 230 kg doit manger entre 50 g et 1,8 kg de nourriture (poissons ou mammifères marins) pour survivre. À titre de comparaison, c’est bien moins que d’autres espèces de grands requins évoluant dans les eaux plus chaudes. Nous savons par exemple qu’un grand requin blanc pesant environ 900 kg a besoin de manger environ 30 kg de graisse tous les onze jours pour survivre.

Les chercheurs s’attendaient évidemment à ce que les requins du Groenland aient un métabolisme relativement lent, mais pas à ce point. En définitive, ces estimations s’alignent bien avec ce que nous savons sur le degré de longévité animale. Des recherches antérieures indiquent en effet que les animaux ayant des taux métaboliques très lents ont tendance à vivre plus longtemps, tandis que ceux avec des taux métaboliques plus rapides ont généralement une durée de vie plus courte.

requins du Groenland
Un requin du Groenland observé en grande profondeur. Crédits : NOAA Okeanos Explorer Program

Résister aux pressions anthropiques

Comprendre les besoins alimentaires de ces requins sera primordial pour comprendre comment l’espèce pourrait se comporter face au changement climatique. Soulignons en effet que les populations de cette espèce diminuent et que leur habitat se réchauffe plus rapidement que toute autre région de la planète, ce qui entraîne des changements dans la disponibilité des proies.

Le point à retenir ici est que ces requins n’ont besoin que d’une petite population de poissons disponibles pour subvenir à leurs besoins métaboliques.