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Le Mégalocéros, l’un des plus grands cervidés de tous les temps

Crédits : J.Smith

Il y a environ 17 000 ans, sur un mur de la grotte de Lascaux, un artiste peignit un cerf aux bois gigantesques, toujours visible aujourd’hui. Loin d’être une exagération, il s’agit d’une représentation précise d’un animal que les premiers Européens connaissaient bien. Aujourd’hui, on l’appelle Megaloceros giganteus, l’élan irlandais ou encore le grand cerf des tourbières.

Un physique exceptionnel

Les plus gros mâles pesaient près de 700 kilos, soit à peu près le même poids d’un élan mâle en Alaska, et arboraient les plus gros bois du monde. Certains pouvaient atteindre les 3,5 m de large et peser près de quarante kilos. Ceux des femelles étaient de 10 à 15% plus courts. Ces bois, comme ceux des élans et cerfs modernes, poussaient et tombaient au rythme des saisons. Ce gigantisme était alors essentiellement motivé par la sélection sexuelle.

Le nom d’élan irlandais est un double abus de langage. L’animal a effectivement évolué et prospéré en Irlande pendant près de 400 000 ans, mais son territoire s’élargissait bien au-delà, jusqu’à l’ouest de la Sibérie. Et ce n’était pas non plus un élan.

On a longtemps cru que la taille de ces bois avait eu raison de l’espèce. Des ouvrages anciens dépeignent en effet souvent ces animaux empêtrés dans les forêts, piégés par un lion des cavernes ou un groupe d’humains primitifs. En réalité, de telles représentations n’ont pas réellement de sens : les Mégalocéros évoluaient surtout dans les paysages ouverts entretenus par les troupeaux de mammouths, bisons, rennes et autres aurochs. Ils ont en outre survécu à trois glaciations.

En réalité, la raison de leur disparition n’a rien à voir avec leurs bois.

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Reconstitution d’un mégalocéros près de la Caverne du Pont d’Arc. Crédits : Sémhur

Changement climatique

Adrian Lister, paléobiologiste au Natural History Museum de Londres, a passé plus de vingt-cinq ans de sa carrière à étudier le Mégalocéros. “C’était l’un des animaux éteints les plus célèbres, avec T. Rex et le mammouth, mais on en savait relativement peu à leur sujet, et une grande partie de ce qu’on pensions savoir était erronée“, explique le chercheur.

La cartographie, la datation et la recherche pollinique de Lister ont depuis montré que ces animaux avaient en réalité fait les frais du changement climatique, essuyant les effets du Dryas récent, une période de refroidissement rapide intervenue il y a environ 13 000 à 12 000 ans. Ces animaux avaient en effet besoin d’herbe, de feuilles et de pousses abondantes et riches en minéraux pour survivre et évoluer correctement. Or, sous les effets du froid, cette végétation s’est peu à peu raréfiée.

Les mâles ont probablement eu de plus en plus de mal à faire pousser leurs bois chaque année“, explique le chercheur. “Mais l’impact de la vague de froid sur les femelles a sans doute été le facteur décisif“.

Selon une étude menée en 2008 par CO Worman et Tristan Kimbrell, “la capacité de produire et de nourrir des jeunes viables était étroitement liée à l’état nutritionnel des femelles“. Ainsi, au fur et à mesure que les paysages se sont transformés en glace et en toundra, la taille des troupeaux aurait été réduite pour atteindre finalement le point de non-retour.

En parallèle, le chercheur note qu’il est possible que les humains du paléolithique aient achevé les dernières populations déjà condamnées. Toutefois, cela n’a jamais été prouvé.

Dès lors, les humains ont tout oublié de ce cerf géant jusqu’à la fin des années 1500 et au début des années 1600, lorsque les paysans irlandais, creusant dans des tourbières pour brûler de la tourbe comme combustible, ont commencé à isoler plusieurs de leurs bois fossilisés. Certains ornent encore aujourd’hui les murs des châteaux et autres loges du pays.