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Les « météotsunamis » vont-ils devenir plus nombreux ?

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Crédits : flickr.

Comment vont évoluer les météotsunamis – un phénomène relativement peu connu – dans les décennies à venir ? Jusqu’à présent peu étudiée, cette interrogation fait l’objet d’une campagne scientifique dédiée sur les littoraux européens. Les résultats préliminaires appuient l’hypothèse d’une augmentation sensible du risque, en particulier dans le domaine méditerranéen.

Lorsque l’on évoque le phénomène de tsunami, on pense généralement aux ondes océaniques déclenchées à la suite d’une éruption volcanique ou d’un tremblement de terre sous-marins. Toutefois, il existe également une catégorie moins connue, les météotsunamis, dont les déclencheurs sont cette fois-ci d’origine atmosphérique. En dehors des lacs, il s’agit la plupart du temps de brusques perturbations de pression liées à des ondes de gravité.

Toute côte séparée du fond marin par un plateau continental relativement large est exposée au risque de météotsunami – ou tsunami météorologique. Or, bien que le phénomène soit habituellement moins puissant et plus localisé que les tsunamis classiques, il est néanmoins en mesure de provoquer d’importants dégâts dans les régions vulnérables. Pour mieux anticiper et se prémunir de tels évènements, une compréhension précise de leur fonctionnement est donc nécessaire.

Projet SHExtreme : comprendre et anticiper les météotsunamis

Dans cette optique, la question du changement climatique se pose inévitablement. Les météotsunamis seront-ils de plus en plus fréquents à mesure que la planète se réchauffe ? Et quid de leur intensité ? C’est, entre autres, pour répondre à ces interrogations que le projet SHExtreme a vu le jour. En étudiant les processus physiques à l’œuvre et la façon dont ils devraient évoluer à l’avenir, les chercheurs espèrent fournir un éclairage suffisant pour permettre une adaptation efficiente des zones littorales exposées. Démarré en septembre 2020, le projet est prévu se poursuivre jusqu’en août 2025.

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Onde de gravité atmosphérique mise au jour par la condensation de la vapeur d’eau. C’est ce qui a donné naissance à cet étonnant nuage en forme de rouleau. Crédits : NASA.

« Nous savons comment l’atmosphère et l’océan interagissent… mais nous voulons savoir ce qui aide précisément ces processus atmosphériques à se développer, quel type de conditions de plus grande échelle permet ces processus plus fins », détaille Jadranka Šepić, météorologiste à l’Université de Split (Croatie) et directrice de SHExtreme. Un point important à noter et que même si les conditions propices aux météotsunamis n’évoluent pas, le seul relèvement du niveau des mers suffit à accentuer la vulnérabilité du milieu côtier.

« La première chose est qu’ils se produiront à partir d’un niveau de la mer plus élevé, donc ils seront plus dangereux », confirme la chercheuse. « Mais la deuxième chose, que nous devons vérifier, est ce qui arrivera à ces ondes de gravité. Se produiront-elles plus ou moins souvent ? Si elles se produisent moins souvent, il se pourrait que les deux effets s’annulent mutuellement. Mais si nous en avons plus, alors il y a un problème : vous avez un meteotsunami qui est plus susceptible de se produire et qui partira d’un niveau de la mer plus élevé ».

La Méditerranée, une région particulièrement exposée

Les résultats préliminaires disponibles à ce jour font état d’une augmentation dans certains secteurs de la Méditerranée. Une région particulièrement vulnérable car constituée d’un littoral étendu et habité par une population nombreuse. C’est essentiellement en été, où le risque est naturellement présent, que se présage la hausse. En cause, la remontée d’air chaud et sec depuis le Sahara, 1500 à 2000 mètres au-dessus des eaux azurées. La superposition particulière de masses d’air qui en résulte conduisant presque toujours à la survenue d’ondes de gravité.

Or, dans des zones comme celle des Îles Baléares, l’occurrence de ces remontées sahariennes devrait augmenter. La fréquence des météotsunamis qui les accompagnent en ferait par conséquent de même. Ces résultats restent néanmoins à confirmer et à préciser dans les années à venir. « Nous espérons pouvoir montrer quelles parties des côtes européennes sont les plus en danger, maintenant et aussi à l’avenir », avance Jadranka Šepić. Ce qui est certain est que, d’une manière ou d’une autre, le projet SHExtreme sera riche d’enseignements.