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Les incendies en Australie sont également la conséquence de la disparition de certaines pratiques aborigènes

Crédits : Rob et Stephanie Levy/Wikipédia

Selon une anthropologue française, les aborigènes d’Australie savaient prévenir les incendies géants. D’après l’experte, la colonisation a tout bouleversé en faisant disparaître certaines pratiques et en imposant son mode de vie.

Éviter les “mégafeux”

Rappelons qu’à partir de septembre 2019, de terribles feux de brousse se sont déclarés dans la province de Nouvelle-Galles du Sud. Au 14 janvier 2020, 186 000 km² de forêt avaient disparu. Si le bilan humain – 34 décès – peut paraître lourd, il faut savoir qu’environ 1,2 milliard d’animaux ont péri dans les incendies ou situations résultant de ces derniers.

Barbara Glowczewski est une anthropologue française et directrice de recherche au CNRS. Ses recherches concernent notamment les Warlpiri de Lajamanu, dans le désert du centre de l’Australie. Interrogée dans un article publié par Reporterre le 16 janvier 2020, l’intéressée explique que les savoir-faire aborigènes permettaient de prévenir l’apparition de “mégafeux”, comme ceux ayant récemment touché le pays. Les autochtones avaient la connaissance du danger de ces feux. Ces derniers déclenchaient et surtout maîtrisaient de petits feux afin de nettoyer les zones jugées inflammables.

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Crédits : Ninian Reid / Flickr

Les aborigènes aménageaient le territoire

Barbara Glowczewski a notamment cité une enquête archéologique du géographe australien Bill Gammage. Ce dernier a revu l’interprétation des paysages vue par les premiers colons arrivés en Australie il y a plus de 200 ans. Or, ces paysages immortalisés en peinture ressemblaient beaucoup aux bocages européens. Il s’agissait donc ici d’une forme d’aménagement du territoire. Lorsque l’on parle de “nettoyage”, il est plus précisément question de débroussaillage à l’intérieur des petites forêts. Surtout, les forêts étaient séparées par de grands espaces sans arbres. Ceci permettant alors de créer des limites empêchant la propagation des feux de brousse.

Barbara Glowczewski a également cité l’anthropologue aborigène Marcia Langton. L’intéressée a prouvé que les aborigènes ont permis le maintien d’une certaine fertilité sur le territoire. Ainsi, la légende stipulant que les aborigènes auraient pratiqué trop de feux et fait des deux tiers de l’Australie un désert est donc sans fondement. Il faut aussi savoir que l’entretien de ces espaces dégagés entre les forêts étaient des zones propices à une sorte de proto-agriculture. Il s’agissait d’espaces fertiles, contenant de nombreuses ressources alimentaires.

Aujourd’hui, le changement climatique a des conséquences indéniables sur l’intensité des feux de forêt en Australie. Toutefois, la colonisation a petit à petit empêché les pratiques aborigènes qui étaient auparavant courantes sur tout le territoire. Cette fatale transformation du paysage et notamment des sols (assèchement) est également le fait du mode de vie occidental notamment caractérisé par une agriculture intensive, sans oublier l’urbanisme. Par ailleurs, le récent développement du gaz de schiste est également devenu très préoccupant.

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