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Les femmes qui allaitent devraient-elles vraiment boire de la Guinness ?

Crédits : Pxhere

Pendant des décennies, on a dit aux femmes qu’elles devraient boire de la Guinness – la bière brune irlandaise – pour stimuler leur production de lait maternel et nourrir leurs nouveau-nés. Qu’en est-il exactement ?

Les humains ont vanté les avantages de la bière pour le lait pendant des siècles. Dès 2000 avant J.-C., les registres montrent que les Sumériens prescrivaient de la bière comme aide à l’allaitement. Avec beaucoup d’autres aliments – comme l’anis, le fenugrec (une herbe) et la farine d’avoine – la bière a en effet développé une réputation de « galactagogue », un aliment pensé pour stimuler la lactation. Et depuis, la croyance est établie. Mais qu’en est-il sur le plan scientifique ?

« Il est important de souligner que la quantité de recherche ici est assez limitée », explique Maija Bruun Haastrup, pharmacologue clinique à l’hôpital universitaire d’Odense, au Danemark. « Mais certaines études ont établi un lien entre un polysaccharide, un type de glucide présent dans le houblon d’orge, et une augmentation de la prolactine, l’hormone qui aide la production de lait à partir du tissu mammaire. Ces facteurs pourraient expliquer pourquoi les buveurs de bière du passé ont senti que la boisson avait un effet bénéfique sur leur capacité à produire du lait ».

Il y a cependant une mise en garde : ajouter de l’alcool à ce mélange houblonné annihile tout avantage potentiel que l’on pourrait tirer de l’orge. Gary Beauchamp et Julie Mennella, deux biopsychologues du Monell Chemical Senses Center à Philadelphie (États-Unis), ont en effet mené des recherches dans les années 1990 montrant que la consommation d’alcool altérait la saveur du lait maternel.

Suite à une méta-analyse de plus de 40 articles, Maija Bruun Haastrup souligne par ailleurs comment l’alcool affecte la façon dont le corps décharge le lait. Les seins libèrent du lait grâce à un réflexe connu sous le nom de « déception », déclenché par une hormone appelée oxytocine. Or cette hormone « est fortement inhibée par l’alcool », explique-t-elle. « Donc, si vous consommez de l’alcool, votre production d’ocytocine est réduite, ce qui conduit à un retard réflexe de baisse de lait ».

Qu’en est-il alors de la Guinness ? Il semble que boire pour améliorer la production de lait maternel n’est probablement pas la meilleure solution. Pour cela, des bières sans alcool – avec toute leur richesse en orge – pourraient être un meilleur choix. « C’est pourquoi, dans les maternités au Danemark, ils recommandent réellement de la bière sans alcool », note la chercheuse. « C’est quelque chose que nous connaissons depuis longtemps ».

La chercheuse note par ailleurs qu’une mère qui allaite peut – si elle le souhaite – tout à fait boire une Guinness de temps en temps. Il suffit simplement de suivre les recommandations générales : « ne buvez que de temps en temps, et buvez responsable », dit-elle. Par exemple, l’American College of Obstetricians and Gynecologists dit qu’une mère devrait attendre deux heures après une boisson alcoolisée avant de nourrir à nouveau son bébé.

Notons que l’alcool présent dans le lait maternel n’aura aucun impact sur le développement neurologique de l’enfant si, bien évidemment, les doses restent raisonnables. C’est surtout pendant la grossesse que boire de l’alcool peut entraîner des troubles du développement. Mais il faut savoir que le cerveau humain se construit encore pendant les trois premiers mois de la vie. Une maman qui maintient une forte consommation pendant l’allaitement expose donc son bébé à certains risques.

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