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Le tir à l’arc pourrait remonter à 48 000 ans en Asie du Sud

Crédits : Langley et al., 2020

Des chercheurs annoncent la découverte de pointes de flèches vieilles de plus de 48 000 ans au Sri Lanka. Ce sont, à ce jour, les plus anciens témoignages de cette technologie de chasse hors Afrique. Et ce n’est pas tout.

Le Sri Lanka, au sud du sous-continent indien, abrite les premiers fossiles de notre espèce en Asie du Sud. L’île préserve également des preuves d’occupation humaine dans ces forêts tropicales. La question de savoir comment ces ancêtres obtenaient au départ leurs ressources dans cet environnement très dense et humide, peuplé de proies agiles et rapides, n’était pas encore très bien comprise.

Une équipe de chercheurs de l’Institut Max Planck en Allemagne, de l’Université Griffith en Australie, et du Département d’archéologie du gouvernement du Sri Lanka, nous livre aujourd’hui la réponse.

Les scientifiques expliquent en effet avoir trouvé plusieurs pointes de flèches (taillées dans des os) dans la grotte de Fa-Hien Lena, considérée comme l’un des sites archéologiques les plus importants d’Asie du Sud depuis les années 1980. Datées à environ 48 000 ans, elles sont à ce jour les plus anciennes retrouvées hors Afrique. Mais ce n’est pas tout.

Un réseau social humain complexe et précoce

Les chercheurs expliquent en effet avoir isolé d’autres outils. Certains semblent avoir été associés à la pêche en eau douce dans les cours d’eau tropicaux, et d’autres au travail de la fibre pour fabriquer des filets ou des vêtements.

« Nous avons également trouvé des preuves évidentes de la production de perles colorées à partir d’ocre minérale, et de la fabrication raffinée de perles de coquillage commercialisées depuis la côte, à un âge similaire à d’autres matériaux de “signalisation sociale” trouvés en Eurasie et en Asie du Sud-Est il y a environ 45 000 ans », explique Michelle Langley, co-auteure de ces travaux.

Ces découvertes, explique-t-elle, « révèlent un réseau social humain complexe et précoce dans les tropiques de l’Asie du Sud ». De quoi bouleverser nos idées traditionnelles sur la façon dont certaines innovations humaines sont liées à des exigences environnementales spécifiques.

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Quelques perles colorées à partir d’ocre minérale et autres perles en coquillage vieilles d’environ 45000 ans. Crédits : Science Advances

Considérer les régions “oubliées”

Les produits culturels européens (art rupestre, sculptures ou autres outils et vêtements sur-mesure) ont souvent été présentés comme l’apogée du développement culturel humain du Pléistocène supérieur.

Avant cela, les découvertes d’anciennes technologies de chasse et de comportements artistiques dans les prairies ouvertes ou les zones côtières en Afrique ont défini la savane et les environnements marins comme les principaux moteurs des premières chasses et expériences culturelles de nos ancêtres.

Selon Patrick Roberts, co-auteur de cette nouvelle étude, « ces orientations ont fait que d’autres parties de l’Afrique, de l’Asie, de l’Australasie et des Amériques ont souvent été mises de côté dans les discussions sur les origines du matériel (outils de chasse et innovations culturelles) ».

Néanmoins, nous savons depuis quelques années que les humains du Pléistocène occupaient et s’adaptaient également à d’autres environnements, parfois extrêmes. On pense aux déserts, ou aux plateaux de haute altitude. Mais n’oublions pas non plus les forêts tropicales, comme celles du Sri Lanka.

Pour les chercheurs, il convient alors de ne plus lier les développements technologiques, symboliques ou culturels de notre espèce à une seule région ou un seul environnement.

« Les preuves sri-lankaises montrent que l’invention des arcs et des flèches, des vêtements et de la signalisation symbolique s’est produite plusieurs fois et à plusieurs endroits différents. Y compris dans les forêts tropicales humides d’Asie », conclut Michael Petraglia, co-auteur de l’étude.

Si en Europe on confectionnait à cette époque des vêtements pour se protéger du froid, les vêtements pourraient ici avoir permis de se protéger contre les moustiques tropicaux. « Et au lieu de simplement chasser les grands mammifères des prairies, ajoute l’archéologue Noel Amano, les arcs et les flèches ont probablement aidé les humains à chasser des petits primates, et autres rongeurs arboricoles ».