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Infographie : 24 000 ans d’histoire du climat révélés avec une précision sans précédent

Crédits : NASA / DSCOVR : EPIC.

Grâce à plusieurs centaines d’enregistrements géochimiques et un ensemble de modèles de climat, des chercheurs ont pu reconstruire en détail les variations spatio-temporelles des températures mondiales depuis 24 000 ans, autrement dit, depuis le dernier maximum glaciaire. Ces résultats sans précédent ont été publiés dans la prestigieuse revue Nature ce 10 novembre.

Le travail aura duré près de sept ans et demandé un effort scientifique international. Tandis que les mesures issues des carottages sédimentaires ont fourni une estimation des températures de surface de la mer aux quatre coins du monde, les modèles de climat ont permis de les intégrer dans une procédure d’assimilation de données afin de restituer une image globale et cohérente des évolutions climatiques.

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Reconstruction de la température globale depuis 24 000 ans. Notez l’ampleur du réchauffement récent tout à droite (attention au changement d’échelle de temps !). Crédits : Matthew B. Osman & coll. 2021.

« Grâce à cette méthode, nous sommes en mesure de tirer parti des avantages de chaque ensemble de données afin de produire des reconstitutions du changement climatique passé qui sont contraintes par les observations, cohérentes sur le plan dynamique et complètes sur le plan spatial », précise Matthew B. Osman, auteur principal du papier. La technique s’apparente à celle utilisée quotidiennement par les services météorologiques pour la prévision à quelques jours.

Une perspective qui donne un contexte fort au réchauffement actuel du climat

Les résultats montrent qu’au dernier maximum glaciaire, la température moyenne de la Terre était 7 °C plus froide par rapport à la période préindustrielle. Cette valeur est 1 °C inférieure aux estimations précédentes. Ces travaux permettent également de replacer le changement climatique en cours dans le contexte des 24 000 dernières années. Sans surprise, notre réchauffement dépasse d’ores et déjà tout ce qui a pu se produire depuis la dernière glaciation en valeur absolue, bien sûr, mais aussi, et surtout, en termes de rapidité.

Animation de la température depuis 24 000 ans en anomalies par rapport à la période préindustrielle et avec un pas de temps de 200 ans avant 1850. Si besoin, cliquez pour lancer l’animation. Crédits : Jessica Tierney / @leafwax.

Comme la reconstruction s’accompagne pour la première fois d’une dimension spatiale, il est possible de visualiser l’évolution de la température pour chaque point du globe. « Ces cartes sont vraiment percutantes », note Matthew B. Osman. « Elles permettent à chacun d’explorer l’évolution des températures sur Terre à un niveau très personnel. Pour moi, le fait de pouvoir visualiser l’évolution des températures sur 24 000 ans à l’endroit exact où je me trouve aujourd’hui ou à l’endroit où j’ai grandi m’a vraiment aidé à prendre conscience de l’ampleur du changement climatique actuel ».

Le débat sur la température de l’Holocène enfin clos ?

Les chercheurs ont également vraisemblablement résolu une énigme qui agite la communauté scientifique depuis plusieurs décennies. Elle porte sur la façon dont la température a évolué durant l’Holocène, c’est-à-dire sur les 10 000 dernières années. À cet égard, on parle parfois d’énigme de la température de l’Holocène.

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Reconstructions précédentes avec biais (rouge) montrant un refroidissement du climat depuis 10 000 ans et reconstruction actuelle (bleu) corrigée des biais et montrant un lent réchauffement. Crédits : Matthew B. Osman & coll. 2021.

En effet, tandis que les proxys paléoclimatiques indiquaient un refroidissement tout au long de la période, les modèles montraient quant à eux un réchauffement. Or, de récents travaux ont indiqué que les courbes issues des proxys souffraient d’un biais saisonnier et spatial à l’origine d’une surestimation de la température moyenne au début de l’Holocène. Avec la présente étude, les auteurs confirment donc ce qu’anticipaient les modèles, c’est-à-dire un lent réchauffement de l’ordre de 0,5 °C depuis 10 000 ans, ceci avant que nos activités ne viennent complètement bousculer la donne.