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Il y a 50 ans, la grippe de Hong Kong faisait un million de morts

Crédits :LewisTsePuiLung / iStock

L’actuelle épidémie de Covid-19 a déjà causé plus de 200 000 morts et personne ne sait quand cela va s’arrêter. Le fait est qu’il ne faut pas remonter bien loin pour trouver une pandémie mondiale dont la sévérité est similaire. En effet, entre 1968 et 1970, la grippe de Hong Kong avait fait un million de morts.

Une pandémie méconnue

Le Covid-19 est la première pandémie mondiale du 21e siècle. Une écrasante majorité des pays sont désormais touchés et la moitié de la population est en confinement ou doit suivre les règles de distanciation sociale. Au cours du siècle dernier, entre 1918 et 1919, la grippe espagnole avait fait entre 40 et 50 millions de morts. La grippe asiatique (1957) a quant à elle occasionné entre un et 4 millions de décès.

Toutefois, la pandémie mondiale la plus proche de nous est la grippe de Hong Kong, ayant causé un million de décès entre 1968 et 1970. Il s’agit d’une pandémie assez méconnue ayant pourtant engendré plus de 30 000 décès en France ! Un article paru dans Libération en 2005 raconte cette récente histoire dont finalement peu se souviennent.

Un million de décès

Le virus de la grippe de Hong Kong (H3N2) est une évolution de celui de la grippe asiatique (H2N2). Celui-ci serait apparu, selon les sources, en Asie centrale ou en Chine vers février 1968. À partir de juillet 1968, le virus touche Singapour mais surtout très violemment Hong Kong où 500 000 personnes seront infectées en seulement un mois ! Ensuite, le virus se répand rapidement dans toute l’Asie du Sud-est, en Inde, au Australie et au Japon.

L’hiver 1968-1969 marque l’arrivée du H3N2 dans l’hémisphère nord. Des marins étasuniens revenant du Vietnam apporteront le mal avec eux. En seulement trois mois, les États-Unis comptent 50 000 morts. À l’automne 1969, l’Europe est touchée et la France connaîtra un pic de 6 000 décès sur le mois de janvier 1969 pour un bilan final de 31 226 morts. Entre décembre 1969 et janvier 1970, une deuxième vague fera encore plus de victimes.

Hong Kong
Hong Kong, où le virus H3N2 apparaît en juillet 1968. Crédits : Estial / Wikipedia

Une pandémie sous-estimée

Outre la gravité de la pandémie, la grippe de Hong Kong se compare au Covid-19 pour sa sous-estimation. En effet, les politiques et les médias n’y prêtaient guère attention à l’époque. La faute notamment au contexte de la Guerre froide entre l’Ouest et l’Est qui se conjuguait avec l’optimisme des Trente glorieuses (1945-1973). Évoquons également la guerre du Vietnam (1955-1975) menée par les États-Unis.

En France, on gère l’après mai 68 et la dynamique de progrès laisse peu de place à l’inquiétude. En juillet 1968, l’Institut Pasteur lui-même estimait qu’il n’y avait pas de véritable épidémie en France, ni en Europe. Pourtant, à l’époque, les écoles avaient été fermées, tout comme certaines boutiques. On observait également d’importantes perturbations dans les transports. Malgré ces faits ainsi que la forte progression du nombre de décès, la presse ne hissera jamais la grippe de Hong Kong dans les gros titres. Il s’agit là de la preuve d’une légèreté assez déconcertante quant au traitement de la pandémie dans les médias.

Enfin, évoquons la recherche d’un vaccin. En septembre 1968, l’Institut Pasteur isole la souche virale responsable de l’épidémie. Toutefois, aucun vaccin antigrippal efficace ne sera produit. En effet à l’époque, vacciner la population en masse n’était pas une pratique très répandue.