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Faire don de son corps à la science pour les crash-tests, bientôt impossible en France ?

Crédits : Brady Holt / Wikipedia

En France, une vingtaine de cadavres sont utilisés chaque année dans le cadre de crash-tests. Cette pratique est légale dans notre pays ainsi qu’aux États-Unis, dont celle-ci est originaire. Si la recherche en accidentologie est très importante, le seul organisme européen travaillant dans ce domaine pourrait bientôt disparaître.

Un scandale sans précédent

Chaque année en France, environ 2 500 corps font l’objet d’un don à la science. La majorité de ces cadavres servent à la formation des médecins ou encore à des projets de recherche. Mais environ 1 % des corps sont utilisés dans un domaine très particulier : la recherche en accidentologie (biomécanique).

Il y a une vingtaine d’années, le Centre européen d’étude de sécurité et d’analyse des risques (CEESAR) a passé une convention unique en Europe avec le centre de don du corps à la Science de l’Université Paris-Descartes. Toutefois, ce centre de don a fermé en novembre 2019 en raison de conditions indignes de préservation et d’utilisation des corps. Le Journal International de Médecine a d’ailleurs commenté le rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) ce 17 juin 2020.

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Crédits : iStock

Quelle mission pour le CEESAR ?

Chaque année, le centre de Paris-Descartes fournissait une vingtaine de corps (sur 200) au CEESAR. Ce dernier compte 26 salariés, dont 9 experts en biomécanique désormais au chômage technique. Parmi ses clients, le centre comptait notamment les constructeurs automobiles Renault/PSA et Toyota, ainsi que la Direction Générale de l’Armement (DGA). La mission du CEESAR ? Fournir à ses clients des études de modélisation. Ces études servaient à mettre au point des mannequins plus fidèles afin de réaliser les crash-tests.

Ces crash-tests sont indispensables dans la construction des véhicules. Avant l’arrêt de leurs activités, les experts travaillaient notamment sur la résistance des ligaments en cas d’impact aux genoux. Auparavant, le centre avait modélisé des impacts d’airbags ou encore la résistance des ceintures de sécurité.

Les États-Unis, pionniers en recherche biomécanique

Philippe Chrétien, directeur du CEESAR, déplore l’éventualité que le centre disparaisse. Si ceci s’avère être le cas, il faudra alors se tourner vers les États-Unis pour toute recherche en biomécanique. En effet, la pratique y est courante dans de nombreux laboratoires universitaires. De plus, les lois encadrant les dons des corps à la science y sont beaucoup plus souples.

Si la biomécanique est très présente aux États-Unis, ce n’est pas un hasard. En effet, les premiers essais sérieux ont été pratiqués dans ce pays par l’Université Wayne State de Détroit. L’objectif était alors de récolter des données sur le comportement des corps humains lors de collisions dans le cadre d’études en traumatologie. Il faut dire qu’à la fin des années 1930, il n’existait encore aucune donnée de ce type et aucun dispositif permettant de travailler sur la question.