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Des millions de « peaux » de mygales pour éponger les marées noires ?

Avicularia purpurea. Crédits : Julia Neumeier/Wikipédia

Une étude étonnante suggère que les cuticules de mygales, après la mue, pourraient aider à éponger les nappes d’hydrocarbures.

L’expression « marée noire », inventée à l’occasion du naufrage du Torrey Canyon, est une catastrophe se traduisant par l’écoulement en mer d’une nappe d’hydrocarbures (le plus souvent, du pétrole brut). On estime aujourd’hui que près de 3 millions de tonnes de ces hydrocarbures se répandent annuellement dans les océans.

Pour les nettoyer, on utilise parfois des barrages flottants, mais aussi et le plus souvent des agents dispersants. Ces derniers peuvent empêcher le pétrole de stagner longtemps en surface ou d’atteindre les côtes. Une fois dispersées, les molécules d’hydrocarbures sont davantage solubles dans l’eau. Le problème, c’est que la grande majorité de ces agents sont toxiques pour l’Homme comme pour la vie marine.

Et si nous pouvions nous tourner vers une alternative plus naturelle ? Tomasz Machałowski, de l’Université technologique de Poznań, en Pologne, s’est récemment penché sur le sujet. Et de manière un peu surprenante, il s’est tourné vers les mygales.

Les poils de mygales comme agents absorbants

Les mygales, comme beaucoup d’autres organismes, sont concernées par la mue. Cette métamorphose permet à l’arachnide de croître mais aussi de renouveler sa surface externe. Plusieurs fois au cours de leur vie, ces araignées vont ainsi se vêtir d’une nouvelle enveloppe. Mais ne pourrait-on pas se servir des « restes » ?

« Les cuticules d’araignées ont de très grandes propriétés hydrofuges », explique en effet Tomasz Machałowski. Plus précisément, les cuticules des mygales sont en partie composés de chitine, un biopolymère dont la structure moléculaire permet d’absorber un maximum d’huile et, en même temps, un minimum d’eau.

mygales
Crédits : kapa65/Pixabay

Pour tenter de savoir si ces « anciennes peaux » de mygales pouvaient réellement être efficaces pour nettoyer les nappes d’hydrocarbures, Machałowski et son équipe se sont tournés vers une espèce du genre Avicularia, que l’on retrouve au Pérou.

Pour ces travaux, les chercheurs ont déposé 100 milligrammes de peau de mygale dans un plat contenant 60 millilitres d’eau de mer, contenant elle-même deux grammes de pétrole brut. Ils ont ensuite mesuré la quantité d’huile absorbée par l’ancienne peau abandonnée. Après seulement deux minutes, l’enveloppe avait capturé plus de 60% du pétrole en surface – près de 13 fois son propre poids – tout en absorbant très peu d’eau.

« Un concept très inhabituel, mais étonnamment efficace »

Il s’agit ici d’une petite étude, mais qui reste néanmoins très intéressante. Comme le souligne le chercheur, on dénombre 190 000 éleveurs de mygales dans le monde. Sur cette base, il estime que près de cinq millions de cuticules pourraient être récoltées chaque année pour nettoyer les marées noires, ou décontaminer les eaux usées industrielles.

« Il s’agit d’un concept très inhabituel, mais étonnamment efficace », explique Megan Murray de l’Université de technologie de Sydney, qui n’était pas impliquée dans l’étude.

Difficile de dire comment cette approche pourrait être mise en pratique, d’autant que les cuticules devraient subir un processus de nettoyage avant de pouvoir être utilisées, ce qui pourrait nuire à leurs capacités d’absorption. Néanmoins, le mécanisme physique pourrait inspirer de nouvelles conceptions de matériaux.

Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Journal of Environmental Management.

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