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Comment pourrait-on repérer des trous de ver ?

Crédits : Pixabay

Encore hypothétiques, les trous de ver focalisent l’attention de nombreux physiciens depuis 30 ans. À la faveur des plis de l’espace-temps, ces objets permettraient de relier deux régions éloignées de l’Univers. Mais si tant est qu’ils existent, comment les repérer ?

Si un ver creuse dans une pomme, il arrive plus rapidement de l’autre côté que s’il en faisait le tour. C’est un peu la même chose ici. Un trou de ver est un pont entre deux régions de l’espace-temps permettant, en théorie, de se rendre de l’une à l’autre dans un temps plus court. Ces objets encore hypothétiques, nommés ainsi par le physicien John Wheeler en 1957, impliqueraient des quantités d’énergie folles. Ne serait-ce que pour se maintenir. Mais ce n’est pas le sujet ici. La question est : s’ils existent, comment les repérer ?

Une équipe de chercheurs s’est récemment penchée sur le problème. Leurs travaux, publiés dans la revue Physical Review D, proposent de nous concentrer sur le trou noir supermassif notre Galaxie : Sagittarius A *.

Deux étoiles intimement liées

Dans ce nouvel article, les chercheurs écrivent que si un trou de ver existait dans le trou noir supermassif de la Voie lactée, les étoiles les plus proches de l’objet seraient influencées par la gravité des étoiles à l’autre extrémité du passage. Autrement dit, si les trous de ver existent, il serait en théorie possible de les détecter en recherchant de petites déviations dans l’orbite attendue des étoiles près de Sagittarius A *.

« Si vous avez deux étoiles, une de chaque côté du trou de ver, l’étoile de notre côté devrait ressentir l’influence gravitationnelle de l’étoile qui se trouve de l’autre côté. Le flux de gravitation traversera le trou de ver, explique en effet le cosmologiste Dejan Stojkovic, principal auteur de cette étude. Donc si vous analysez l’orbite attendue d’une étoile autour du trou noir, vous devriez voir des déviations de cette orbite s’il y a un trou de ver avec une étoile de l’autre côté ».

trou de ver
Crédits : Pixabay

Gros plan sur S2

S2 est une étoile qui flirte en effet avec le trou noir supermassif de notre Galaxie. Elle en fait le tour tous les 16 ans environ. En surveillant cette étoile d’assez près, suffisamment longtemps, avec de nouvelles techniques d’observation, nous pourrions alors évaluer ses mouvements avec plus de précision. Et, si tel est le cas, relever des petites” déviations” dans sa trajectoire trahissant l’influence gravitationnelle d’une autre étoile située “de l’autre côté”.

Bien évidemment, même si nous relevons des perturbations dans l’orbite de S2, cela ne prouvera pas avec certitude que nous sommes en présence d’un trou de ver. « Il pourrait y avoir une autre explication, quelque chose d’autre de notre côté perturbant le mouvement de cette étoile », prévient le chercheur.

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Le chemin emprunté par l’étoile S2 autour du trou noir central de notre Galaxie. Crédits : Wikipédia

« Besoin de magie »

Le chercheur calme également nos ardeurs en rappelant que même si nous arrivons un jour à détecter ce type d’objets, ces derniers n’auraient probablement rien à voir avec ceux observés dans les livres et films de science-fiction.

« Même si un trou de ver est théoriquement traversable, nos vaisseaux spatiaux ne pourraient sûrement pas passer, dit-il. De manière réaliste, vous auriez besoin d’une source d’énergie négative pour garder le vortex ouvert. Et nous ne savons pas comment le faire. Pour créer un immense vortex stable, vous avez besoin de magie ».

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