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Dans l’espace les astronautes ont du temps libre, mais ça n’a pas toujours été le cas

Jessica U. Meir joue du saxophone à bord de l'ISS. Crédits : NASA

Tout comme beaucoup de gens sur Terre, les astronautes à bord de l’ISS ont des horaires de travail réguliers, avec du temps de libre et des jours de repos pour se détendre. Bien que cela puisse nous paraître normal, cette considération pour la santé mentale des astronautes n’a pas toujours été prise en compte.

Dans les années 1960, les astronautes américains ont expérimenté les missions Mercury, Gemini et Apollo qui exigeaient parfois de rester confinés à plusieurs dans de petits vaisseaux spatiaux exigus pendant plusieurs jours. À l’époque, chaque minute passée dans l’espace était inestimable et le “bonheur” des astronautes n’était pas nécessairement un facteur pris en compte.

L’expérience de Skylab

Puis, dans les années 1970, la NASA a commencé à envisager des missions prolongées à bord d’une station spatiale entièrement fonctionnelle, nommée Skylab. Dès lors, des “petits plus” pouvant améliorer la qualité de vie des astronautes ont été pensées et développées.

Construite à partir de la coque vide d’une fusée Saturn V, Skylab proposait des quartiers d’équipage, une cuisine et même une piste de course. À l’époque, la NASA était même allée jusqu’à faire appel à l’architecte d’intérieur Raymond Loewy, célèbre entre autres pour sa conception de la bouteille de Coca-Cola.

Néanmoins, de nouveaux designs ne font pas tout. Si au cours de la deuxième mission (Skylab 3, en juillet 1973), les astronautes ont pu opérer leurs travaux sans problème pendant leurs deux mois à bord de la station, la mission suivante (Skylab 4, en novembre 1973) ne s’est pas déroulée aussi bien.

Des journées restructurées

À bord, les astronautes Gerald Carr, Ed Gibson et Bill Pogue avaient une liste bien remplie de tâches à accomplir chaque jour, mais peu de temps libre pour se reposer. Résultat, ils ont “fait le boulot“, mais se sont vite sentis frustrés. Très vite, l’équipage a donc fait part de ses préoccupations à la NASA. Et l’agence les a non seulement entendus, mais aussi écoutés.

À bord de la station Skylab, les plannings ont alors été restructurés pour inclure plus de temps libre, notamment avant et après le sommeil. Et ça a tout changé. “Vous pouviez voir la différence“, assure l’historien des vols spatiaux David Hitt. “Ils ont été tellement plus productifs dans la seconde moitié de la mission“.

L’expérience de Skylab a naturellement façonné la nouvelle façon de vivre à bord de la Station spatiale internationale (ISS). À son bord, les astronautes ne travaillent plus 24h/24, 7j/7, mais de neuf à cinq heures du lundi au vendredi. Les soirs et week-ends, eux, sont réservés au repos.

Bon, pas tout à fait. En réalité, l’équipage consacre trois à quatre heures de leur samedi à nettoyer leur environnement de fond en comble pour éviter la prolifération de champignons, moisissures et autres bactéries. Le reste du week-end, en revanche, est bel et bien réservé au temps libre.

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L’astronaute Jeffrey S. Ashby, commandant de mission STS-112, examine une liste de contrôle des procédures sur la Station spatiale internationale (ISS). Crédits : NASA

Musique, films ou contemplation

La façon dont les astronautes passent leur temps libre dépend de chaque individu. Certains se laissent porter par le manque de gravité jusqu’à la coupole d’observation de l’ISS à partir de laquelle ils peuvent apprécier la beauté de notre planète. “Prendre des photos [de la Terre] est un domaine de relaxation qui est souvent mentionné“, souligne en effet Gloria Leon, professeur émérite de psychologie à l’Université du Minnesota.

D’autres emportent avec eux des instruments de musique. En 2001, l’astronaute Carl Walz avait offert ainsi à ses amis de la station une sérénade avec son clavier. Plus tard, en 2013, l’astronaute canadien Chris Hadfield nous avait épatés avec sa guitare en reprenant le titre “Space Oddity” de David Bowie. Notre français Thomas Pesquet avait quant à lui pris son saxophone lors de sa première mission en 2017.

Tout comme nous, les astronautes peuvent également regarder des films, des émissions ou écouter des podcasts. D’autres, comme Douglas Wheelock lors de sa mission en 2010, n’hésitent pas tenir un journal. “J’ai vraiment commencé à trouver du réconfort en écrivant mes pensées“, explique-t-il. “J’ai fini par écrire un peu de poésie“.

Enfin, les astronautes peuvent également téléphoner ou se connecter à Internet. La plupart ont d’ailleurs des comptes Twitter très actifs. Ce haut niveau de communication leur permet de se sentir ancrés avec la Terre et à nous, en surface, de pouvoir nous envoler avec eux.