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En 1984, des scientifiques ont mangé du bison vieux de 50 000 ans

ragoût bison blue babe
Crédits : JalynBryce/Pixabay

Lors d’une nuit de 1984, plusieurs scientifiques se sont réunis au domicile du paléontologue Dale Guthrie, en Alaska, pour déguster un ragoût pas tout à fait comme les autres. En effet, dans la marmite mijotait la viande d’un ancien bison du Pléistocène surnommé Blue Babe.

Blue Babe avait été découvert cinq ans plus tôt par des chercheurs d’or. Un tuyau d’extraction hydraulique avait fait fondre une partie de la glace qui avait maintenu le bison congelé. Ils ont rapporté la découverte à l’Université voisine d’Alaska Fairbanks qui, très vite, a décidé de déterrer l’animal avant qu’il ne se décompose. Cependant, l’opération s’est avérée plus délicate que prévu. L’équipe du paléontologue Dale Guthrie a donc prélevé ce qu’elle pouvait, puis a attendu que le reste de l’animal (dont la tête et le cou) décongèle naturellement.

Une fois les restes du bison sur le campus de l’université, les chercheurs ont alors commencé à en apprendre davantage sur l’ancien animal. Au départ, grâce à la datation au radiocarbone, on a estimé que ce dernier avait péri il y a environ 36 000 ans. Toutefois, des recherches plus récentes ont montré que Blue Babe avait au moins 50 000 ans. En outre, les marques de crocs et de griffes laissaient penser que le bison avait été tué par un grand prédateur, probablement un Lion américain (Panthera leoatrox), une espèce aujourd’hui éteinte.

Dinner party

Fort heureusement, Blue Babe a gelé rapidement après sa mort qui s’est probablement produite en hiver. Ces conditions ont permis la préservation de sa peau grasse et de sa moelle osseuse. Les tissus musculaires avaient également conservé une texture semblable à celle du bœuf séché, même après des milliers d’années, au point de susciter l’envie d’en manger un morceau.

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Le taxidermiste Eirik Granqvist travaillant sur la dépouille de Blue Babe. Crédits : Musée UA su nord

Dale Guthrie a en effet décidé d’organiser un dîner spécial alors que le taxidermiste Eirik Granqvist venait de terminer son travail. Néanmoins, cuire la viande prélevée sur le cou de l’animal ne semblait pas être une très bonne idée, se souvient le paléontologue, qui opta plutôt pour un ragoût avec beaucoup de légumes et d’épices.

En dégelant, la viande aurait dégagé « un arôme de boeuf incomparable mêlée à une légère odeur terreuse avec une touche de champignon« , a-t-il un jour écrit. Toutefois, aucun des convives (huit personnes) n’aurait été dissuadé par les milliers d’années de congélation du bison ni par la perspective de tomber malade. Fort heureusement, toutes les personnes présentes ont bel et bien survécu, tandis que la dépouille du bison est toujours exposée au musée du nord de l’Université de l’Alaska.