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Vers une troisième année consécutive marquée par La Niña ?

Anomalies de température de surface de la mer à la mi-juin 2022. Crédits : NOAA / Coral Reef Watch.

Installé depuis le mois de septembre 2020, le phénomène climatique La Niña ne semble pas prêt à plier bagage. En effet, le dernier bulletin de l’Organisation Météorologique Mondiale évoque une poursuite des conditions La Niña pour les mois à venir et possiblement même jusqu’en 2023.

Plus précisément, l’organisme évalue à 70 % la probabilité que le phénomène se poursuive jusqu’au mois d’août prochain et entre 50 % et 60 % la probabilité qu’il persiste au-delà de cette date. Ces prévisions sont précieuses pour nombre de pays tropicaux qui se voient très affectés par le régime de circulation en place dans l’océan Pacifique.

La Niña bouleverse les régimes climatiques des tropiques…

On rappelle que La Niña est un phénomène naturel qui se manifeste tous les trois à sept ans et que l’on désigne parfois comme la petite sœur d’El Niño. Contrairement à ce dernier, elle se traduit par un renforcement des alizés dans le Pacifique équatorial, à l’origine d’une langue d’eaux anormalement froides s’étirant depuis les côtes chiliennes et péruviennes jusqu’au centre du bassin.

La Niña
Probabilité de conditions La Niña, neutres (La Nada) ou El Niño pour le trimestre juin-août 2022. Crédits : OMM.

Avec le renforcement des alizés, la convection tropicale se concentre sur l’ouest du Pacifique tropical et les mouvements descendants propices à l’aridité, à l’est. Ainsi, ce n’est pas une coïncidence si des pluies diluviennes se sont abattues ces derniers mois sur l’Asie du Sud-est et l’est de l’Australie. La corne de l’Afrique, actuellement frappée par une sécheresse record, et l’Amérique du Sud sont aussi des régions très influencées par la petite sœur d’El Niño.

… jusqu’aux moyennes latitudes

La saison des ouragans s’annonce à nouveau plus active que la normale dans l’Atlantique Nord en raison d’une modulation du régime de vent régional par La Niña. En outre, certains impacts débordent plus largement de la ceinture tropicale. Il en va ainsi du régime sec, propice aux incendies de forêt, qui tend à être observé sur l’ouest de l’Amérique du Nord lorsque les eaux du Pacifique équatorial sont anormalement froides. Les influences sur la météorologie européenne sont quant à elles bien moins claires.

« Le changement climatique induit par l’homme amplifie les impacts des événements naturels comme La Niña et influence de plus en plus nos conditions météorologiques, ce qui se traduit notamment par une chaleur et une sécheresse plus intenses ainsi que par des précipitations et des inondations records », relate Petteri Taalas, secrétaire général de l’OMM. Notons enfin que si le phénomène venait à se poursuivre en 2023, il constituerait seulement le troisième épisode La Niña à réaliser un triplet depuis le début des enregistrements en 1950.