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Je suis sûr de vous avoir déjà vu quelque part !

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Qui n’a jamais été confronté à cette impression inconfortable de connaître une personne, mais de ne plus savoir d’où. Des études ont montré que ce phénomène n’est pas anodin, mais qu’il résulte véritablement d’un mécanisme cérébral. Qu’en est-il?

Ce sentiment de « déjà vu » est loin d’être une hallucination. Au contraire, il serait dû à des neurones qui, dans notre cerveau, créent des associations entre les visages et les lieux. Mathias Ison et ses collègues des universités de Leicester, Los Angeles et Tel-Aviv ont observé la formation de ces associations en direct.

Pour ce faire, ils ont placé des électrodes dans le cerveau d’un patient consentant, dont les crises d’épilepsie étaient irrémédiables. Ils ont ainsi cerné les neurones qui réagissaient uniquement lorsqu’on leur montrait la photo d’un des collègues du patient et d’autres neurones uniquement à la vue d’un lieu (la tour Eiffel dans l’expérience). En dernière analyse, ils ont simultanément montré au patient son collègue et le monument.

Au bout de quelques secondes, les chercheurs ont constaté que les neurones jusqu’alors seulement sensibles au collègue devenaient capables de s’activer aussi à la vue du monument. La photo de la tour Eiffel évoque à présent le visage du collègue dans l’esprit du patient. Un souvenir associant une personne et un lieu, c’est ce que cette expérience a permis de créer sous les yeux des chercheurs.

Comment l’expliquer? En voyant la photo mêlant les deux éléments, le neurone réceptif au collègue et celui affecté par la tour Eiffel sont entrés de concert en activité. Or, d’après la Loi de Hebb, une loi fondamentale des réseaux de neurones, deux neurones actifs au même moment consolident de ce fait leurs connexions. Une fois solidifiés, il suffit dès lors que l’un soit activé pour que l’autre le soit aussi. De ce fait, le patient pensera au collègue à chaque fois qu’il passera devant la tour Eiffel et se souviendra de la tour Eiffel à chaque fois qu’il rencontrera son collègue.

Cette expérience aura permis de lever l’énigme sur bon nombre d’événements du quotidien de tous. On comprend dès lors aisément pourquoi un endroit nous fait irrémédiablement penser à une personne et une personne à un lieu. En revanche, il est intéressant de relever que seul un tiers des neurones mesurés dans cette expérience permet de rétablir le souvenir d’un lieu à partir d’une personne, alors que les deux tiers restants reconstituent la représentation d’un visage à partir d’un lieu. Ce constat révèle donc sans doute pourquoi il est plus difficile de se rappeler où l’on a vu une personne, que l’inverse.

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