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Qui est ce soldat japonais de la seconde guerre mondiale qui ne s’est rendu qu’en 1974 ?

Crédits : janeb13 / Pixabay

Après la capitulation japonaise, Hirō Onoda a continué de mener la guerre sur une petite île des Philippines, et ce pendant une trentaine d’années !

Hirō Onoda était un officier des renseignements de l’Armée impériale japonaise, cette dernière ayant capitulé dans la baie de Tokyo le 2 septembre 1945. Pendant la guerre du pacifique, l’officier avait été débarqué aux Philippines, quelques mois avant l’invasion de l’archipel par l’armée américaine. Ainsi, Hirō Onoda se trouvait depuis 1944 sur la petite île de Lubang.

Localisation de l'île de Lubang
Localisation de l’île de Lubang

Les dernières instructions qui avait été données à l’officier japonais, avant la reddition du Japon, le sommait de se retirer vers l’intérieur de l’île afin de harceler les forces occupantes jusqu’au retour de l’armée impériale :

« Il vous est formellement interdit de mourir de votre propre main. Que ce soit dans trois ans ou dans cinq ans, quoi qu’il arrive, nous reviendrons pour vous. En attendant, tant qu’il vous reste un soldat, votre devoir est de le diriger. Vous devrez peut-être vous nourrir de noix de coco. Si c’est le cas, prenez-en votre parti! Aucune circonstance ne justifie de se rendre. »

L’île de Lubang était d’une faible importance stratégique et d’une taille réduite (125km²), mais l’officier a montré une hallucinante détermination à obéir aux ordres et à poursuivre sa mission, même après la fin de la guerre. Tous les moyens pour le contraindre à se rendre ont été vains, que ce soit les déclarations par haut-parleurs ou par le biais de tracts, ainsi que lorsqu’une patrouille était partie à sa recherche, la première d’une longue série.

Ces efforts ont été ignorés par Hirō Onoda, qui s’est obstiné à combattre les insulaires de Lubang à l’aide d’un groupe de plus en plus réduit de soldats restés sous ses ordres. Livrant un genre de guérilla pendant trois décennies, il aurait tué une trentaine de locaux, blessé une centaine d’autres, et se serait attaqué finalement à des vaches et des récoltes de riz. Même après la perte de son tout dernier compagnon après une fusillade avec la police locale, l’officier japonais a persévéré seul.

Cette fusillade s’est avérée être un tournant dans cette affaire, alors que la présence d’un groupe de soldats impériaux n’était pas ignorée par le Japon lui-même ainsi que les Philippins bien sûr, bien qu’il n’y avait aucune preuve tangible de leur nombre ou de l’endroit précis où ils se retranchaient. Le corps du deuxième classe Kinshichi Kozuka a été découvert, ce qui a attiré l’attention des médias qui se sont progressivement focalisés sur Hirō Onoda, le seul rescapé des échauffourées avec la police philippine.

Cette exposition médiatique a éveillé la curiosité de Norio Suzuki, un explorateur japonais en quête de nouvelles aventures. Bien que plusieurs expéditions ont tenté, en vain, de retrouver Hirō Onoda, l’explorateur a décidé de se lancer à sa recherche. Le récit de la rencontre entre les deux hommes en 1974 est poignant, comme cet extrait provenant d’écrits de l’officier lui même :

« S’il n’avait pas porté de chaussettes, je lui aurais peut-être tiré dessus. Mais il avait ces épaisses chaussettes en laine sous ses sandales. Les habitants de l’île n’auraient jamais fait quelque chose de si étrange. Il s’est levé et s’est retourné. Ses yeux étaient ronds… il m’a fait face et m’a salué. Et m’a salué à nouveau. Ses mains tremblaient, et j’aurais juré que ses genoux aussi. Il a demandé :

– Êtes-vous Onoda-san ? (« san » signifie « monsieur » NDLR)
– Oui, je suis Onoda.
– Vraiment, c’est vous le lieutenant Onoda?

J’ai hoché la tête, et il a continué :

– Je sais que vous avez passé des années longues et difficiles. Mais la guerre est finie. Accepteriez-vous de retourner au Japon avec moi?

Son utilisation de formules de politesse japonaises m’a convaincu qu’il avait été élevé au Japon, mais il précipitait trop les choses. Croyait-il qu’il lui suffisait d’affirmer que la guerre était finie pour que je retourne au Japon avec lui ? Après toutes ces années, j’étais en colère.

– Non, je ne rentrerai pas! Pour moi, la guerre n’est pas finie! »

Cette dernière phrase, lourde de sens quant à la détermination d’Hirō Onoda alors âgé de 52 ans, ne l’emperchera finalement pas d’accepter de rentrer au Japon quelques semaines après. Il eut droit à une tribune et un temps de parole conséquent afin de livrer un récit le rendant « admirable de la manière la plus inconfortable », selon Beatrice Trefalt, une auteure australienne ayant écrit sur la mémoire des soldats japonais.

Au centre de l’attention générale, Hirō Onoda a montré une telle aisance et un tel charisme, que le fait qu’il ait vécu pendant des décennies dans la jungle philippine ne se voyait même pas. L’officier impérial est décédé le 16 janvier 2014 dans son pays, à l’âge de 91 ans, alors que sa mémoire est toujours honorée.

Sources : SlateEuronews

Crédit images : Kentoitoh