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Pour le journaliste trop pressé, la peste est transmise… par les mouches !

Crédits : Virvoreanu-Laurentiu / Pixabay

Une simple erreur de traduction de l’anglais «  fleas  » en mouches et non en puces, et la plupart des journaux électroniques français colportent l’ânerie scientifique la plus impressionnante de l’année. Parler de science, sous la pression de l’actualité, ne réussit pas toujours aux journalistes non spécialistes.

Le Monde, Direct Matin, L’Express, Le Parisien, et même des sites spécialisés comme Pourquoi Docteur Tous se sont précipités pour relater l’épidémie de peste qui menace Madagascar depuis cet été. Mais au lieu de s’intéresser un tant soit peu au sujet, de lire la source, les journalistes se sont contentés de publier ou de réécrire l’information relayée par l‘Agence France Presse, origine probable de la mauvaise traduction. Et, comme la peste dont il est question, l’erreur s’est propagée, insidieuse, à travers les journaux français. C’est maintenant le grand public qui risque d’être infecté.

Résistance des puces, et non des mouches, à l’insecticide

Le communiqué en anglais de l’OMS, publié ce 16 novembre, met l’accent sur la difficulté d’enrayer l’épidémie à cause de la haute résistance des puces à un insecticide, la deltaméthrine. C’est cette phrase précise qui a induit l’aberration. La bactérie de la peste, Yersinia pestis, est principalement véhiculée par les rats, et ceux-ci la transmettent à l’homme par l’intermédiaire de puces infectées. Après morsure, la maladie se développe sous la forme bubonique, qui peut être alors traitée par antibiotiques. Mais si la bactérie atteint les poumons, elle évolue en une pneumonie non seulement foudroyante et meurtrière, mais aussi terriblement contagieuse entre humains à travers la simple toux. Les mouches n’ont donc rien à voir avec ce fléau, et il est même improbable qu’en gober une précédemment posée sur un rat, infecte qui que ce soit.

Une erreur aux conséquences dangereuses ?

Depuis la découverte du premier cas le 31 aout, dans le petit village de Soamahatamana, 119 infections dont 40 mortelles ont été recensées. La souche est donc très virulente (plus de 30% de mortalité) et a même atteint Antananarivo, la capitale de Madagascar. L’OMS souligne qu’il y a maintenant, dans cette ville, «  un risque de rapide diffusion de la maladie, au vu de la haute densité de population et des faiblesses du système de santé  ». La prolifération pourrait être plus forte encore si, écoutant les sites français ou celui plus proche de L’Express de Madagascar, la population concentrait ses efforts sur l’extermination des mouches et non des puces infectées. Fort heureusement, les Malgaches peuvent compter sur des moyens financiers, humains, et d’informations rapidement mises à disposition, ainsi que sur les sites Madagascar-tribune, France 24 et Sciences et Avenir, qui, saluons-les, ne se sont pas laissés piéger par la facilité.

Source : Who

– Illustration : Thomas Bresson