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Pour la première fois, l’influence des ouragans sur l’océan profond a été mise en évidence

Crédits : Wikimedia Commons.

Jusqu’à présent, la façon dont les ouragans pouvaient affecter l’océan profond restait inconnue. Toutefois, la question a pu être éclairée grâce à des mesures inédites effectuées au passage de l’ouragan Nicole en 2016. Celles-ci montrent notamment comment le phénomène a modulé l’intensité de la pompe biologique. Les résultats ont été rendus publics en août dernier.

Les cyclones tropicaux sont l’un des moyens par lesquels le système climatique se débarrasse du trop-plein de chaleur océanique. De fait, ces tourbillons jouent un rôle régulateur de grande échelle. Et ce tout en apportant les pluies souvent salvatrices en pays intertropical.

Par ailleurs, les scientifiques savent que les cyclones affectent sensiblement l’activité biologique de l’océan supérieur. En effet, en faisant remonter vers la surface des eaux riches en nutriments, ils favorisent les efflorescences algales – type phytoplancton. Cette remontée peut durer plus d’une semaine. En cause, des systèmes de courants générés par les puissants vents dépressionnaires.

Impacts sur l’océan profond : des mesures sans précédent

Mais les effets vont encore plus loin. Pour la première fois, des chercheurs ont pu démontrer de manière directe l’existence d’un impact sur l’océan profond. Une influence dont les caractéristiques et même l’importance étaient jusqu’alors inconnues. Les données ont été recueillies dans le cadre de l’Oceanic Flux Programm (OFP) au passage de l’ouragan Nicole en 2016.

pompe biologique océan
Figure 1 : représentation schématique de la pompe biologique. Crédits : Wikimedia Commons.

Le site se trouve dans la mer des Sargasses et mesure en permanence l’intensité de la neige marine. C’est-à-dire la pluie de détritus organiques précipitant vers les fonds océaniques. Aussi, le passage de Nicole sur le site de l’OFP était une opportunité à saisir. Les résultats ont été publiés le 16 août 2019 dans la revue Geophysical Research Letters.

Un effet notable sur la pompe biologique 

Les observations sont sans appel. Le passage de Nicole a notablement accéléré ce qu’on appelle la pompe biologique. En favorisant des efflorescences algales, l’exportation de matière organique vers les profondeurs a été majorée. Dit autrement, la neige marine s’est intensifiée. Cela s’est traduit par un meilleur apport en nourriture et en oxygène pour les écosystèmes des fonds marins. Enfin, la capture océanique en carbone a augmenté.

krill océan
Crédits : capture d’écran/NSF.

« La surface et l’océan profond sont vraiment bien connectés à la suite de ces puissantes tempêtes », précise Rut Pedrosa, auteure principale de l’étude. Les chercheurs évaluent à un facteur 10 la hausse de l’exportation par rapport au flux antérieur à Nicole.

Ces résultats suggèrent qu’une modification de l’activité des ouragans aura des répercussions directes sur les grands cycles biogéochimiques et les écosystèmes marins. Or, avec le réchauffement global, on s’attend à un changement dans la dynamique des cyclones tropicaux. Une nouvelle frontière de la connaissance qui reste à explorer.

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