in ,

Il est possible d’implanter de faux souvenirs dans la mémoire d’une personne

Crédits : iStock

Au cinéma ou dans la vie réelle, la notion de faux souvenirs rime souvent avec histoire sordide. Cependant, on parle beaucoup moins du potentiel de cette méthode faisant l’objet de sérieuses recherches en neuroscience.

Évoquons l’affaire Susan Nason datant de 1995. Deux décennies plus tard, la chercheuse Eileen Franklin-Lipsker avait accusé son père, coupable du viol et du meurtre de sa fille, d’avoir prétendument recouvré la mémoire lors d’une thérapie sur le déroulement des événements. Selon Science Alert, la chercheuse, coutumière des études portant sur la malléabilité de la mémoire, s’était désormais focalisée sur la notion d’implantation de faux souvenirs dans la mémoire des personnes.

« Il est assez facile de déformer les souvenirs à partir de détails qu’une personne a vraiment vus en les remplaçant avec une information évocatrice », raconte Elizabeth F. Loftus en conclusion de ses recherches.

Selon l’intéressée, il est possible de faire rappeler à quelqu’un un acte ou un crime qu’il aurait commis alors que cela n’est jamais arrivé. Cette idée n’est pas nouvelle, car elle fût énoncée une première fois par le psychologue Hugo Münsterberg en 1906. Le chercheur s’était entre autres basé sur le témoignage d’un homme accusé de meurtre qui avait fini par avouer son crime, en donnant de plus en plus de détails au fur et à mesure que la police l’interrogeait. Or, l’histoire paraissait de plus en plus incohérente et le psychologue a alors affirmé avoir été témoin d’un cas « d’élaboration involontaire à partir d’une suggestion ».

Ce phénomène a finalement été mieux compris après des recherches en 2007 dans le domaine des neurosciences, étudiant les zones du cerveau. Deux chercheuses avaient demandé à 11 personnes de retenir une liste de mots d’une même catégorie, puis de les retranscrire de mémoire. Ces recherches ont permis de comprendre que les zones du cerveau sollicitées n’étaient pas les mêmes si la personne interrogée répondait avec confiance et justesse, ou bien avec confiance tout en se trompant.

Dans le premier cas, l’afflux sanguin augmente vers l’hippocampe (zone liée à la mémoire) et dans le second, la même situation se produit mais avec le lobe pariétal, où sont analysées et traitées les informations liées à la température, à la taille, à la texture, à la forme et au poids. Le cerveau peut dans certains cas identifier une réalité contraire, ce qui explique pourquoi une personne peut croire en ce qu’elle dit tout en se trompant.

Ainsi est née la « théorie de la trace floue » interprétant les faux souvenirs et intégrant deux types de mémoire : le mot à mot (verbatim), et le sens général (gist). Le sens général est le type de mémoire que nous utilisons le plus en vieillissant alors que la mémoire du mot à mot se développe plutôt durant l’enfance et à l’âge adulte. Ainsi, la notion nommée « effet de renversement du développement » consiste à dire que lorsque nous vieillissons, notre mémoire n’empire pas mais se repose sur un procédé davantage malléable et sujet aux distorsions, ouvrant la porte aux faux souvenirs.

Sources : Science Alert – Slate