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Paléontologie : un dinosaure très rare découvert en Australie

Crédits : Ruairidh Duncan

La vertèbre d’un élaphrosaure a récemment été identifiée en Australie. Il s’agit d’une découverte rare qui suggère que ces dinosaures étaient plus répandus qu’on ne le pensait.

Élaphrosaurus appartient à la famille des théropodes, comme le T-Rex. Physiquement, ces dinosaures mesuraient environ deux mètres de haut pour environ cinq mètres de long. Ils présentaient un long cou et possédaient de petits bras au bout desquels se trouvaient quatre doigts. En outre, ils semblaient avoir développé un régime alimentaire inhabituel (nous reviendrons sur ce point plus tard).

Jusqu’à présent, des restes d’élaphrosaures avaient été découverts en Tanzanie, en Argentine et en Chine, mais il semblerait que ces dinosaures aient en réalité conquis d’autres territoires. Récemment, des paléontologues de l’Université de technologie de Swinburne (Melbourne) ont en effet découvert, en Australie cette fois, une vertèbre de l’un de ces théropodes, vieille de 110 millions d’années. Une première qui fait l’objet d’une publication dans la revue Gondwana Research.

De ptérosaure à théropode

La vertèbre en question, qui mesure environ cinq centimètres de long, a été retrouvée en 2015 près de Cape Otway, au sud de l’Australie. Se basant sur la forme allongée de l’os, les paléontologues ont d’abord suggéré qu’il appartenait jadis à un ptérosaure (reptile volant), plutôt qu’à un dinosaure. Il fut d’ailleurs étiqueté comme tel dans la collection du Melbourne Museum, où il reposait depuis.

Mais il y a visiblement eu “erreur sur la personne”. Stephen Poropat, paléontologue à l’Université de technologie de Swinburne, s’en est rendu compte il y a quelques semaines alors qu’il entamait des recherches sur les ptérosaures australiens.

J’avais entendu parler de cette belle vertèbre dans la collection. Il était écrit ptérosaure sur l’étiquette et avait été identifié [comme tel] par la personne qui l’avait préparé, explique-t-il. Mais les vertèbres du cou des ptérosaures sont très distinctives. Elles ont toutes une boule à la tête et une douille à la queue. Mais cet os avait des alvéoles, ou des surfaces concaves, aux deux extrémités, ce qui signifie qu’il ne pouvait pas appartenir à un ptérosaure“.

Partant de ce constat, Stephen Poropat et son équipe sont donc repartis de zéro pour tenter d’identifier la véritable espèce concernée. Après avoir établi que l’os provenait d’un théropode, ils se sont finalement arrêtés sur un dinosaure du Jurassique : Elaphrosaurus qui est connu pour ses vertèbres cervicales “environ quatre fois plus longues que hautes“, ce qui est inhabituel pour les théropodes.

vertèbre dinosaure australie
La vertèbre cervicale du dinosaure, beaucoup plus longue que large. Crédits : Stephen Poropat / Museums Victoria

Que nous apprend cette découverte ?

Alors que cet élaphrosaure australien n’est connu que par un seul os, son parent chinois Limusaurus, de l’ère jurassique, est beaucoup plus représenté dans les registres fossiles. Nous savons, par exemple, que les plus jeunes spécimens avaient des dents acérées qu’ils perdaient ensuite une fois qu’ils étaient arrivés à maturité. Autrement dit, il a été suggéré que ces dinosaures passaient probablement d’un régime carnivore durant l’enfance, à un régime herbivore – ou tout au moins omnivore – à l’âge adulte.

Les juvéniles avaient des dents, tandis que les adultes avaient un bec, souligne en effet le paléontologue. Vraisemblablement, cela indique un changement de régime alimentaire. Je suppose qu’ils étaient principalement herbivores [en tant qu’adulte], mais qu’ils pouvaient encore s’attaquer parfois à de petits animaux, tels des prédateurs opportunistes“.

Il est donc possible que les élaphosaures australiens, dont l’espèce n’a pas encore été officiellement nommée, présentaient les mêmes caractéristiques alimentaires.

En outre, cette vertèbre nous apprend également que ces dinosaures étaient probablement plus répandus qu’on ne le pensait.

Étant donné que l’Australie était beaucoup plus au sud il y a 110 millions d’années, ces dinosaures victoriens étaient visiblement aussi très à l’aise dans les régions polaires. Le monde était certes beaucoup plus chaud pendant le Crétacé, mais ces animaux auraient quand même dû supporter plusieurs mois d’obscurité pendant l’hiver et des températures qui descendaient périodiquement sous le point de congélation.

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