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Même les personnes en bonne santé possèdent des cellules mutantes !

Crédits : skeeze / Pixabay

Si vous pensez que parce que vous êtes en bonne santé, vous ne possédez pas de cellules mutantes, vous vous trompez ! C’est en effet ce que montre une étude parue dans Science le 18 octobre, relayée par un communiqué de presse du Sanger Institute. Généralement, nous associons les cellules mutantes avec le cancer, mais il pourrait en être autrement.

Comment s’est déroulée l’étude ?

L’équipe de chercheurs a utilisé diverses techniques de séquençage du génome. En effet, ils ont cartographié des cellules mutantes présentes dans les tissus œsophagiens de 9 personnes décédées, âgées de 20 à 75 ans. Ces dernières n’avaient aucun antécédent connu de maladie chronique ni de problèmes œsophagiens. Ainsi, les scientifiques qualifiaient leurs tissus de “sains”. Toutefois, sain de ne signifie pas que les cellules des tissus n’ont pas subi de mutations.

Les chercheurs ont observé les tissus œsophagiens au microscope avant de procéder à un séquençage génétique.

Cette étude fait écho à une autre recherche que certaines personnes de cette équipe avaient menée. Celle-ci étudiait les mutations des cellules de paupières de la peau, qui subissait des mutations somatiques, non transmises à la descendance. Cette étude avait permis de montrer que 25 % de ces mutations étaient liés au cancer.

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Ce qu’ont révélé les résultats

Phil Jones, oncologue et chercheur en cancérologie raconte l’expérience. « Sous le microscope, le tissu œsophagien semblait tout à fait normal – il provenait de personnes en bonne santé qui ne présentaient aucun signe de cancer. Après avoir étudié la génétique, nous avons été choqués de voir que l’œsophage sain était criblé de mutations. Nous avons découvert qu’au moment où un individu atteint l’âge mûr, il a probablement plus de cellules mutantes que de cellules normales. »

Les résultats ont montré que les mutations dans les tissus œsophagiens s’accumulent avec l’âge. En effet, certains peuvent avoir plusieurs centaines de mutations par cellules lorsqu’ils ont autour des 20 ans. En revanche, pour des personnes âgées de plusieurs décennies ayant des tissus considérés comme “sains”, elles peuvent avoir jusqu’à 2 000 mutations par cellule !

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« L’image ci-dessus montre une représentation sommaire de ce à quoi ressemble 1cm2 d’œsophage normal chez les 9 individus, classés par âge. Nous constatons de grandes différences dans la charge, la taille des clones et même la préférence pour la mutation de certains gènes d’un patient à l’autre. »
Crédits : Capture d’écran d’un tweet de @imartincorena, coauteur de l’étude

Concernant un gène du nom de NOTCH1, les chercheurs ont eu un résultat curieux. En effet, ce gène qui aide à contrôler la division cellulaire a subi des mutations dans 80 % des cellules saines, un chiffre encore plus élevé que dans les cas de cancers de l’œsophage !

La docteure Joanna Fowler, de l’Institut Wellcome Sanger et co-auteure de l’étude indique que durant « des années, nous avons séquencé les génomes du cancer et cherché des gènes qui sont couramment mutés chez les patients. Nous avons supposé que les mutations communes sont celles qui sont à l’origine du cancer. Cependant, maintenant que nous avons examiné les tissus normaux, nous avons été surpris de constater qu’un gène communément associé au cancer de l’œsophage, NOTCH1, était plus muté dans les cellules normales que les cellules cancéreuses. Ces résultats suggèrent que les scientifiques pourraient avoir besoin de repenser le rôle de certains gènes du cancer à la lumière du séquençage des tissus normaux ».

Ainsi, les chercheurs émettent l’hypothèse que certaines mutations pourraient conférer un bénéfice à nos cellules, pour notre santé. Elles essayeraient de nous protéger tout au long de notre vie des cellules cancéreuses. Cette étude ouvre la porte à de nouvelles perspectives de recherches sur l’évolution de nos cellules…

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