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Les troubles alimentaires dus à une proteine

Crédits : iStock

Les troubles de l’alimentation tels que l’anorexie mentale, la boulimie ou l’hyperphagie touchent 5 à 10 % de la population. C’est pourquoi les chercheurs de l’Inserm et de l’université de Rouen se sont intéressés à ce problème et ils ont mis en évidence une protéine qui semble agir sur l’hormone de satiété. Cette protéine est probablement une cause de ces troubles du comportement alimentaire.

Sergueï Fetissov et son équipe ont découvert une protéine pouvant causer des troubles de l’alimentation comme l’anorexie, la boulimie ou l’hyperphagie. En effet les anticorps produits contre cette protéine sont les mêmes que ceux qui réagissent avec l’hormone de satiété (mélanotropine) car celle-ci a une structure semblable à la protéine étudiée (la protéine ClpB).

La protéine ClpB est fabriquée par une bactérie présente naturellement dans le corps humain. Lorsque l’organisme perçoit la molécule de ClpB, il produit les anticorps adaptés. Or ces anticorps réagissent aussi avec l’hormone de satiété, la mélantropine, ce qui modifie son comportement et son effet satiétogène. La sensation de satiété est atteinte (anorexie) ou n’est plus atteinte (boulimie ou hyperphagie).

Pour mettre en évidence ce phénomène, les chercheurs de l’unité 1073 « Nutrition, inflammation et dysfonction de l’axe intestin-cerveau » de l’Inserm et de l’université de Rouen ont procédé à l’expérience suivante. Ils ont séparé des souris en deux groupes et ont administré au premier la bactérie mutée, ne produisant donc pas de ClpB. Sur ce groupe il n’y a pas eu de changement sur la production d’anticorps ni sur la « prise alimentaire » c’est-à-dire la quantité de nourriture ingérée. Le deuxième groupe a reçu la bactérie normale, produisant le ClpB. Pour ce groupe-ci, des variations sur ces mêmes domaines ont été observées.

De plus, une analyse des données de 60 patients valide une implication probable de cette protéine d’origine bactérienne dans les troubles alimentaires chez l’Homme. Des questionnaires spécifiques sur leurs émotions et leurs comportements ont été donnés aux patients pour évaluer l’ampleur de leur trouble. Chez ces patients le taux d’anticorps pour le ClpB est supérieur à la normale. Le comportement alimentaire, anorexie, boulimie ou hyperphagie dépend de la façon dont les anticorps réagissent avec l’hormone de satiété.

Cette découverte a entrainé plusieurs autres recherches. Un test sanguin qui détecterait les protéines bactériennes ClpB est en cours de développement. La détection rapide permettrait le lancement d’une thérapie. Et des recherches sont déjà en cours pour corriger les troubles de l’alimentation chez les souris.

« D’après nos premières observations, il serait en effet possible de neutraliser cette protéine bactérienne par des anticorps spécifiques sans affecter l’hormone de la satiété », déclarent les chercheurs. Sergueï Fetissov rappelle aussi que « des maladies comme la boulimie et l’anorexie sont en partie médiées par la réponse immunitaire de l’organisme contre la ClpB, [mais] il ne faut pas oublier que ces pathologies sont aussi associées à des troubles psychologiques qu’il faut prendre en compte ».

Source : INSERM, Sciences et Avenir