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La plus ancienne preuve de calendrier lunaire pourrait avoir 20 000 ans

peintures rupestres calendrier lunaire
Crédit : Patrick Aventurier/SIPA

Une équipe de scientifiques, dont un indépendant, a cherché à déchiffrer certaines marques abstraites retrouvées sur les murs de grottes européennes. Ces traces ont été faites par les chasseurs de l’ère glaciaire il y a des dizaines de milliers d’années. Dans son article publié dans le Cambridge Archaeological Journal, le groupe évoque une possible utilisation d’un calendrier lunaire, voire une première preuve de protoécriture.

Des points, des lignes et des « Y »

Il y a environ 37 000 ans, les humains sont passés du marquage d’images abstraites sur les murs des grottes à des formes d’art figuratif. Ces dessins représentent quasi exclusivement des animaux, principalement des proies herbivores évoluant jadis dans les steppes eurasiennes du Pléistocène.

Dans la plupart des cas, il est facile d’identifier les espèces représentées, et même de les identifier à des moments particuliers de l’année. À Lascaux, il y a environ 21 500 ans, les formes corporelles et les détails du pelage ont par exemple été utilisés pour transmettre des informations sur la séquence de rut de plusieurs espèces de proies. La présence de bois et des représentations d’affrontements agressifs sont d’autres indices permettant d’identifier la saisonnalité.

Malgré tout, certains aspects de ces dessins rupestres (certains ont 20 000 ans) sont longtemps restés mystérieux, ces marques étant encore très abstraites (points, tirets placés près d’animaux et formes de « Y »). Ces traces ont été identifiées dans plus de 600 représentations datant de la dernière période glaciaire sur les murs de grottes à travers l’Europe.

Dans le cadre d’une étude, un chercheur indépendant nommé Ben Bacon, qui est également restaurateur de meubles, a collaboré avec des universitaires de l’Université de Durham et de l’University College de Londres pour tenter de déchiffrer ces marques.

« En utilisant des informations et des images d’art rupestre disponibles via la British Library et sur Internet, j’ai amassé autant de données que possible et j’ai commencé à chercher des motifs répétitifs », explique Ben Bacon à la BBC. J’ai contacté également des amis et des universitaires de haut niveau, dont l’expertise était essentielle pour prouver ma théorie« .

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Exemples de représentations d’animaux associées à des séquences de points/lignes. Crédits : Cambridge Archaeological Journal (2023)

Calendrier lunaire et protoécriture

L’analyse statistique de ce grand ensemble de données composé d’enregistrements d’animaux, y compris des aurochs (espèces bovines aujourd’hui éteintes), des saumons et des chevaux, a permis à l’équipe de faire correspondre les mois de l’année au cours desquels ces espèces se livraient à des types spécifiques de comportements.

D’après les chercheurs, le symbole « Y » faisait par exemple référence à la mise bas des animaux, tandis que les périodes d’accouplement étaient illustrées par des longueurs de séquences de lignes et de points ne contenant pas le symbole « Y ». Les chercheurs ont également découvert que les informations saisonnières dessinées sur les murs pouvaient être décomposées en treize périodes qui coïncidaient avec l’année civile lunaire. Si tel est le cas, il s’agirait donc de la plus ancienne utilisation d’un calendrier lunaire.

Les scientifiques notent que de telles informations auraient été très importantes pour les premiers chasseurs. Elles auraient en effet permis de  savoir quels animaux étaient les plus accessibles au cours d’une période donnée.

Ils suggèrent également qu’un tel système d’enregistrement pourrait être interprété comme un système de protoécriture. Si cela se vérifiait, il s’agirait alors aussi de la plus ancienne forme d’écriture d’Homo sapiens. Cependant, tout le monde ne sera pas d’accord avec cette interprétation. Par ailleurs, les chercheurs ne se sont concentrés que sur trois types de symboles. Or, on dénombre pas moins d’une trentaine de signes non figuratifs dans l’art paléolithique. D’autres travaux seront donc nécessaires pour tenter de tout déchiffrer. Après quoi les chercheurs pourront tirer de véritables conclusions.

Brice Louvet

Rédigé par Brice Louvet

Brice est un journaliste passionné de sciences. Ses domaines favoris : l'espace et la paléontologie. Il collabore avec Sciencepost depuis près d'une décennie, partageant avec vous les nouvelles découvertes et les dossiers les plus intéressants.