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Pour tester son parachute, cet inventeur est mort en sautant de la tour Eiffel

Crédits : PxHere

La foi en la science donne des ailes, mais aveugle aussi parfois les inventeurs téméraires. Le tailleur Henry François Reichelt en a fait les frais bien malgré lui le dimanche 4 février 1912. Plein d’espoir et de conviction, cet homme fringant de 33 ans s’est élancé, la fleur au fusil, du haut de la tour Eiffel pour tester un parachute de sa confection. Toutefois, après une chute certainement un peu trop libre à son goût, le malheureux s’est écrasé contre la terre gelée. Il a alors laissé une marque d’une douzaine de centimètres dans le sol ainsi que la vie. L’a-t-on empêché de s’élancer ? Était-ce son premier essai ? Henry François Reichelt a-t-il été le pionnier malchanceux du base-jump ? Les réponses sont dans cet article.

Henry François Reichelt, un inventeur taillé pour les défis de l’aviation ?

Au début du XXe siècle, la mise au point du premier parachute devenait urgente. En effet, alors que l’aviation se développait, les accidents demeuraient encore nombreux. Il fallait donc protéger les pilotes avant que plus aucun candidat ne veuille se placer aux manettes d’un funeste coucou. Problème : depuis les premiers prototypes de parachute, dont un modèle de Léonard de Vinci, aucune avancée n’avait permis d’équiper efficacement les têtes brûlées de l’aviation. La toile  se devait d’être pliable et manœuvrable pour permettre aux pilotes de pouvoir s’éjecter en un minimum de temps.

Un Autrichien naturalisé français du nom d’Henry François Reichelt, tailleur de profession, pensait quant à lui avoir la solution et comptait bien réussir là où tant d’autres avaient échoué. Il développa alors ses propres prototypes de parachutes, puis les testa avec des mannequins. Le temps de deux sauts, l’inventeur revêtit d’ailleurs lui-même la combinaison de son cru qui était constituée de larges toiles cousues entre les membres et le corps. Néanmoins, ses essais furent peu encourageants. S’il sortit indemne de sa première expérimentation, il se cassa la jambe lors de la seconde.

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Henry François Reichelt et son prototype de parachute (domaine public)

4 février 1912, 8 heures du matin, en bas de la tour Eiffel

La troisième tentative sera la bonne, Henry François Reichelt en a la conviction. Pour le démontrer, il donne rendez-vous aux curieux et aux journalistes à la tour Eiffel, le dimanche 4 février 1912. Pourtant, en cette matinée d’hiver, certains tentent de le dissuader de s’élancer du premier étage du monument : « Il fait trop trop froid », « le vent est trop puissant », « votre parachute n’est peut-être pas bon et je vais vous expliquer pourquoi ». Arrivé sur place déjà habillé avec son parachute, Henry François Reichelt ne se laisse pas démonter. Il leur répond : « Vous allez voir comment mes soixante-douze kilos et mon parachute vont donner à vos arguments le plus décisif des démentis. »

Aucune autre démonstration technique n’entame sa bonne humeur et sa détermination. Les caméras sont là afin d’immortaliser ce jour qui sera historique pour l’histoire de l’aviation. En montant les escaliers, il salue la petite foule de la main en leur criant « à bientôt ! ».

Le grand saut

Contre la rambarde du premier étage de la tour Eiffel, Henry François Reichelt installe une table et un petit tabouret. Il monte sur le marchepied de fortune et jette un morceau de journal afin d’évaluer la force du vent. La boule de papier tombe à pic. Les boutons de sa combinaison se défont et la toile d’un total 36 mètres est libérée. Henry François Reichelt regarde les 57 mètres en contrebas. Ses pieds se posent sur la rambarde, mais l’homme hésite de longues secondes. Peut-être se dit-il qu’il n’est pas si sûr que ça ou pense-t-il à son testament qu’il a rempli la veille ? Nul ne le sait.

Henry François Reichelt parachute tour Eiffel
Henry François Reichelt avec son parachute juste avant son saut du premier étage de la tour Eiffel (capture du film du saut : domaine public)

Soudain, il saute, mais rien ne se passe comme prévu. Sa toile ne s’ouvre pas et s’enroule autour du pauvre homme. La vitesse devient folle. Seul un miracle peut encore le sauver. Contrairement au sol, il ne vient pas. Un cri de terreur se fait entendre dans l’audience. Henry François Reichelt s’écrase et meurt sur le coup. On le met dans un taxi en direction de l’hôpital où aucune autopsie n’est réalisée, de telle sorte qu’on ignore si la légende dit vrai : l’inventeur serait mort d’une crise cardiaque avant son ultime rencontre avec le plancher des vaches…

S’il est impossible aujourd’hui de lever le doute, nous sommes certains que Henry François Reichelt croyait en son invention. Peut-être un peu trop pour garder les pieds sur terre, mais assez pour avoir la tête dans les nuages comme un enfant rêvant de voler.

Cet article se base sur les articles du Petit Journal et du Figaro du 5 février 1912 sur le saut en parachute de la tour Eiffel de Henry François Reichelt.

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Rédigé par Christophe B.