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L’impact de Chicxulub aurait causé un refroidissement bien plus important que prévu

Crédits : Pixabay License.

Des mesures de terrain confirment le rôle majeur joué par les particules de soufre dans le refroidissement global qui a suivi l’impact de Chicxulub et provoqué une extinction de masse. Les quantités injectées dans la haute atmosphère auraient en particulier été bien plus importantes qu’on ne le pensait. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique PNAS ce 21 mars.

L’astéroïde qui a frappé la Terre à Chicxulub Puerto (Mexique) il y a 66 millions d’années est connu pour avoir déclenché l’extinction Crétacé-Tertiaire, avec notamment la disparition des dinosaures non aviens. En effet, la chute du bolide d’environ dix kilomètres de diamètre a projeté une quantité phénoménale de matériaux dans l’atmosphère, allant jusqu’à atteindre la moyenne stratosphère. Il convient de rappeler que ceux-ci ont généralisé la perturbation apportée par l’astéroïde à l’ensemble de la planète par le biais d’un changement brutal du climat.

Une contribution majeure du soufre à l’extinction Crétacé-Tertiaire

Il reste difficile de connaître la quantité précise de soufre projetée dans l’atmosphère et encore moins la proportion ayant atteint la stratosphère. Or, au vu de l’importante capacité refroidissante de cette dernière, l’incertitude concerne également l’ampleur de la perturbation climatique résultante. Les valeurs supposées jusqu’à présent vont de trente à cinq cents milliards de tonnes de soufre libérées, avec un refroidissement global de 2 °C à 8 °C sur quelques dizaines d’années.

Grâce à l’étude de nouveaux échantillons de roches prélevés près du lieu d’impact, un groupe de chercheurs a récemment identifié une anomalie isotopique signalant l’éjection d’une très grande quantité de soufre en haute atmosphère, bien plus grande qu’on ne l’imaginait jusqu’alors. Aussi, les modélisations climatiques sous-estiment de toute évidence l’ampleur et la durée du refroidissement planétaire ainsi que des perturbations environnementales qui ont suivi.

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Crédits : Flickr / NASA blueshift.

Lorsqu’elles atteignent la stratosphère, les particules sont exposées aux rayons ultraviolets et acquièrent une empreinte moléculaire caractéristique. Une fois ramenées en surface sous forme de pluies acides, elles peuvent être emprisonnées dans les roches qui enregistrent alors l’anomalie. « Les empreintes uniques que nous avons mesurées dans les sédiments fournissent la première preuve directe de l’importance des aérosols de soufre lors d’un changement et refroidissement climatiques catastrophiques », relate Aubrey L. Zerkle, coauteure de l’étude.

Selon les scientifiques, ces particules sont issues de la zone impactée par l’astéroïde, composées de gypses et de calcaires riches en soufre. « Si l’astéroïde avait frappé ailleurs, il n’y aurait peut-être pas eu autant de soufre libéré dans l’atmosphère et le changement climatique qui a suivi n’aurait peut-être pas été aussi grave », détaille James D. Witts, coauteur de l’étude. « Ces aérosols de soufre ont prolongé la durée du changement climatique, amenant une biosphère déjà malmenée au bord de l’effondrement », note Christopher K. Junium, auteur principal de l’étude.