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Il y a 140 000 ans, une plateforme de glace faisant presque deux fois la taille du Groenland recouvrait l’Arctique

Photo d'illustration. Crédits : NASA's Goddard Space Flight Center.

Une étude rendue publique le 17 avril dernier appuie la théorie selon laquelle le pôle Nord était recouvert par une large plateforme de glace durant les périodes glaciaires. Si la présence de deux énormes calottes sur les continents nord-américain et eurasien est établie depuis plusieurs décennies, l’état du bassin arctique lors de ces épisodes est longtemps resté un mystère.

L’hypothèse qu’une vaste plateforme de glace ait pu recouvrir l’océan Arctique durant les périodes glaciaires n’est pas nouvelle. En effet, les prémices de cette idée ont été introduites dès 1888 par Sir William Thomson. L’hypothèse refera surface vers les années 1970 avec la découverte de structures géologiques particulières sur les fonds marins de l’Arctique, notamment au niveau de la dorsale océanique de Lomonossov située vers le milieu du bassin. Ces striures pouvaient avoir été formées par le lent mouvement d’une vaste plateforme glaciaire, dont la base aurait raclé le fond rocheux. Cependant, en raison d’un manque de preuves, l’hypothèse n’a pas plus attiré l’attention par la suite. Ce n’est que récemment que des analyses basées sur des techniques d’imagerie à haute résolution ont eu tendance à confirmer cette théorie, la remettant sur le devant de la scène.

Une étude publiée le 17 avril dernier par des chercheurs de l’Université de Sheffield (Royaume-Uni) remet au goût du jour cette thèse avec un ensemble de simulations numériques permettant de préciser l’extension et l’épaisseur qu’aurait eue cette plateforme. Leurs résultats suggèrent que l’épaisseur devait au moins atteindre le kilomètre, et qu’elle recouvrait la majorité – sinon la totalité -de l’océan Arctique. Elle occupait ainsi un espace jusqu’à 1,7 fois plus grand que le Groenland. Les datations de sédiments indiquent qu’elle était présente au cours de l’avant-dernière période glaciaire, il y a environ 140 000 ans. Il n’y a pour l’instant pas de preuves de son existence durant les autres épisodes froids du quaternaire. Toutefois, des plateformes moins épaisses ont très bien pu exister, leur base flottant suffisamment haut pour ne pas laisser de traces sur le fond rocheux.

Ces avancées permettront certainement de faire une part de lumière sur les zones d’ombres qui persistent quant à la dynamique du climat lors des maximums glaciaires. Une telle masse de glace dans le bassin arctique devait avoir une influence considérable sur la circulation océanique et atmosphérique à l’échelle globale. Nous sommes très loin de la maigre couche de quelques mètres d’épaisseur actuellement présente là-haut – la banquise – dont le mode de formation est d’ailleurs bien différent.

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