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Entre hommes et femmes, les avocats ne seraient pas égaux pour rendre la justice

Crédits : iStock

Dans une série américaine, nous avons tous déjà vu un avocat marteler du poing devant un jury pour exprimer sa colère. Dans ces épisodes, cela suffisait à faire changer d’avis un jury. Mais vous n’avez sûrement jamais remarqué que c’était presque toujours un homme ?

Une étude américaine de l’Arizona State University (ASU) met pourtant ce fait en évidence. Quand un homme exprime sa colère, il est beaucoup plus écouté qu’une femme, qui passerait plus facilement pour une « hystérique ». Afin de mener à bien cette étude, 6 avocats – trois hommes et trois femmes – ont mené une reconstitution de procès. L’affaire en question concernait le meurtre horrible d’une femme par son petit ami, devant leur enfant âgé d’un an. L’accusé avait ensuite pris la fuite, abandonnant son enfant.

Les arguments présentés étaient les mêmes, certains étant présentés avec colère et d’autres moins. La plaidoirie se finissait toujours sur la même formule, là aussi exprimée avec plus ou moins de colère. On retrouvait dans toutes les reconstitutions des phrases comme :

  • « Il l’a battue au visage »
  • L’accusé « a fui l’appartement et a laissé derrière lui Kendall, âgé de un an, seule avec le corps de sa mère ».

Les reconstitutions ont été enregistrées sur des bandes vidéos et présentées à plus de 700 spectateurs. Ensuite, les personnes ayant assisté aux reconstitutions étaient interrogées sur les prestations des avocats. Il est ressorti que les hommes ayant exprimé leur colère étaient majoritairement caractérisés par les adjectifs suivants :

  • impérieux
  • puissant
  • compétent
  • désirable

Tandis que pour les femmes ayant exprimé leur colère, les adjectifs étaient clairement différents :

  • fâchées
  • aigries
  • hystériques
  • agaçantes
  • inefficaces

En préambule de l’enquête, Jessica Salerno, professeure en psychologie à l’ASU et meneuse principale de la recherche a déclaré : « Un bon avocat devrait montrer des caractéristiques traditionnellement masculines dans la cour, la colère, l’agression, le pouvoir, mais les hommes en profitent, alors que nous pénalisons les femmes pour montrer ces mêmes particularités ». Elle continue ensuite : « Nous regardons tellement de films et séries judiciaires où les avocats expriment des émotions, créant une vive agitation dans la salle d’audience. Les gens s’attendent à ce que les avocats s’expriment de cette manière. »

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En plus des interrogations concernant la prestation, le questionnaire contenait aussi des questions sur la manière avec laquelle s’exprimaient les avocats et le fait de savoir si oui ou non les spectateurs pourraient les embaucher.

Pour la première question, les spectateurs ont globalement ressenti la même colère exprimée par tous les avocats. Concernant la seconde question, il s’est avéré qu’en tant que client, les spectateurs feraient davantage confiance aux hommes pour les défendre (en se basant seulement sur la vidéo de la reconstitution).

La professeure Salerno a ensuite comparé les résultats en fonction du sexe des spectateurs. On ne voit aucune différence entre les résultats des hommes et celui des femmes. Cela fait dire à la chercheuse que cette tendance est donc bien implicite, et que « nous grandissons tous dans la même culture ». Puis elle ajoute : « Nous sommes exposés aux mêmes stéréotypes de genre, ce qui signifie que les avocates ne sont pas en mesure de démontrer ni la conviction ni le pouvoir que les gens attendent, ce qui a des conséquences malheureuses à long terme sur leur carrière et leur efficacité auprès des jurys. »

Cette étude pourrait ainsi expliquer pourquoi des femmes du milieu politique retiennent davantage leurs émotions lorsqu’elles sont en campagne. On peut notamment parler de la campagne d’Hillary Clinton face à Bernie Sanders pour les primaires du parti démocratique en 2016. Les deux candidats partageaient de nombreux points de vue. Mais seul Bernie Sanders s’est permis de les énoncer aussi franchement.

Cette conclusion est mise en parallèle avec les résultats d’une seconde étude du professeur Salerno concernant l’influence du genre au sein d’un jury.

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