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Des chercheurs identifient les processus clés pouvant conduire à l’apparition d’un super El-Niño

Crédits : NASA.

Une équipe de chercheurs a mis en évidence les mécanismes clés qui expliqueraient pourquoi certains événements El-Niño prennent une ampleur démesurée – ils sont alors appelés super El-Niño. Ces résultats contribuent à faire avancer notre compréhension et notre capacité à anticiper plusieurs mois à l’avance ce phénomène climatique à forts impacts sociaux, économiques et environnementaux qui n’a pas encore révélé tous ses secrets.

El-Niño est un phénomène climatique qui se produit de façon irrégulière tous les 2 à 7 ans, et qui résulte d’un couplage entre l’océan et l’atmosphère dans le Pacifique équatorial. Il consiste en un réchauffement anormal des eaux le long de l’équateur – en particulier sur la partie centre ou est de l’océan – qui provoque un bouleversement des régimes de temps et du cycle hydrologique dans les tropiques. Les impacts associés s’étendent même en dehors de ces derniers, et affectent aussi bien le secteur socio-économique que les domaines liés à l’environnement, que ce soit à l’échelle régionale ou mondiale. Certains de ces événements sont si intenses qu’ils ont été appelés des super El-Niño.

Un exemple emblématique est le super El-Niño de 1972, qui a eu de très fortes répercussions économiques et environnementales, en minant la production de l’industrie péruvienne d’anchois et en causant de très fortes sécheresses un peu partout dans le monde*. Il avait ainsi ramené la production alimentaire globale au niveau le plus bas depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. D’autres événements de ce type se sont produits en 1982 et 1997, avec toujours de lourdes conséquences socio-économiques. Dans une étude publiée le 28 juin dernier dans la revue Nature, une équipe de chercheurs de l’Université d’Aizu – au Japon – a identifié les processus clés qui donnent aux épisodes super El-Niño leur structure et amplitude singulières.

« Jusqu’à récemment, les scientifiques pensaient que les processus climatiques et météorologiques opérant dans l’océan Pacifique pouvaient expliquer à eux seuls la survenue d’un super El Niño », a déclaré Saji Hameed, auteur principal de l’étude. « La prédiction ratée annonçant un tel événement pour 2014 se basait sur ces hypothèses ». Dans leur étude, les chercheurs ont combiné observations et simulations numériques, cantonnées à l’océan Pacifique et destinées à recréer la dynamique menant aux déclenchements d’événements El-Niño. Ils ont ainsi mis en évidence l’existence d’un mécanisme « tampon » inhérent au couplage atmosphère-océan dans le Pacifique. Ce phénomène évite aux anomalies chaudes océaniques de devenir trop importantes à l’est du domaine. Or, l’ampleur de ces dernières est justement une des caractéristiques principales et même uniques des super El-Niño ! Les processus auto-limitants cités précédemment semblent ne plus fonctionner. Pourquoi ?

« Les températures de surface de la mer extrêmement élevées sont une caractéristique notable des super El-Niño qui ont eu lieu en 1972, 1982 et 1997. Le fait que les processus propres à la région Pacifique, responsables de la survenue plus ou moins régulière d’El-Niño, n’expliquaient pas cette signature clé des supers El-Niño est apparu comme un choc », révèle Dachao Jin, co-auteur de l’étude. Il apparaît en fait que les événements les plus forts coïncident avec la phase positive du dipôle de l’océan Indien (IOD, acronyme anglais pour Indian Ocean Dipole), celui-ci étant une sorte d’El-Niño miniature propre à cet océan. En étudiant les liens potentiels entre les deux bassins, les chercheurs ont finalement mis en évidence que si le déclenchement d’un El-Niño était contrôlé par des processus qui s’articulaient essentiellement dans le Pacifique, c’est l’énergie supplémentaire apportée par l’océan Indien lors d’une phase d’IOD positive qui est en mesure de le transformer en super El-Niño, supplantant les mécanismes tampons habituellement à l’oeuvre**. Le système climatique ne démentira pas : il faut être deux pour danser le Tango !

* Amérique centrale, Sahel, Union Soviétique, Australie, Brésil, Inde et Indonésie pour l’essentiel.

** Ce transfert se fait d’une manière assez complexe par l’intermédiaire de la circulation atmosphérique en réponse aux anomalies d’activité orageuse sur l’océan Indien.

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