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Dans cette jolie tombe reposait un nourrisson mort il y a 10 000 ans

Crédits : Jamie Hodgkins, PhD, CU Denver

Une sépulture de la période mésolithique intrigue les archéologues. Cette tombe très décorée abritait les restes d’une petite fille n’ayant vécu que quelques jours. L’enterrement, vieux de 10 000 ans, offre un regard unique sur la façon dont certains humains préhistoriques traitaient leurs morts.

Les anciennes pratiques mortuaires offrent une fenêtre sur la structure sociale des sociétés passées. Sur le plan ethnographique, de nombreuses cultures ont retardé l’attribution de la personnalité aux jeunes enfants, les maintenant dans un état d’humanité liminal. Ainsi, le traitement funéraire des enfants fournit des informations importantes sur qui ceux qui étaient considérés comme de véritables individus éligibles à l’appartenance à un groupe.

Une discussion persiste notamment concernant la reconnaissance de la personnalité infantile chez les peuples préhistoriques, mais une étude récente nous permet d’y voir un peu plus clair.

La plus ancienne sépulture d’un nourrisson féminin en Europe

Dans la revue Scientific Reports, une équipe d’anthropologues rapportent en effet la découverte des restes d’une jeune fille en Ligurie (nord-ouest de l’Italie), nichés au fond d’une grotte, aux côtés d’autres artefacts. Le nourrisson, décédé vers l’âge d’une cinquantaine de jours, a été nommé Arma Veirana Hominin 1 (AVH-1) par les chercheurs ou plus simplement « Neve ».

La datation au radiocarbone de ses ossements a confirmé sa mort il y a environ 10 000 ans. Il s’agit tout bonnement de la plus ancienne sépulture identifiée d’un nourrisson féminin en Europe à l’heure actuelle.

« J‘espère que cela va rapidement évoluer. Les rapports archéologiques ont en effet eu tendance à se concentrer sur les histoires et les rôles masculins, et ce faisant, ont laissé de nombreuses personnes en dehors du récit« , écrit Jamie Hodgkins, paléoanthropologue à l’Université du Colorado. « Les analyses de protéines et d’ADN nous permettent de mieux comprendre la diversité de la personnalité et du statut humain dans le passé. Sans analyse d’ADN, par exemple, cette sépulture de nourrisson hautement décorée aurait pu être supposée masculine« .

Une tombe volontairement décorée

Avant 2017, les chercheurs avaient passé deux saisons sur le terrain à travailler sur des outils de l’ère glaciaire associés aux Néandertaliens. Ils sont aussi tombés sur des os travaillés de sangliers et d’élans, suggérant une occupation régulière de la grotte pendant plusieurs milliers d’années.

Plus intéressant : près du nourrisson, les chercheurs ont repéré plusieurs perles de coquillages et de pendentifs percés, ainsi que de la serre d’un hibou grand-duc. Si l’équipe souligne que certains de ces artefacts précèdent l’enterrement de plusieurs millénaires, ces perles ont clairement été laissées pour décorer la tombe.

tombe nourrisson
Certains des coquillages trouvés sur le lieu de sépulture. Crédits : Hodgkins et coll., Rapports scientifiques 2021

Cette nouvelle découverte nous permet donc d’en apprendre davantage sur les comportements humains mortuaires de cette époque.

« Il existe un nombre décent d’inhumations humaines avant il y a environ 14 000 ans« , note en effet le chercheur. « Cependant, la dernière période du Paléolithique supérieur et la première partie du Mésolithique (celle qui nous intéresse ici) sont plus mal connues en matière de pratiques funéraires. Les enterrements de nourrissons sont particulièrement rares, donc Neve ajoute des informations importantes pour aider à combler cette lacune« .