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De vastes éruptions volcaniques auraient déclenché “l’aube des dinosaures”

Crédits : iStock

De nouvelles mesures des taux de mercure aux quatre coins du monde combinées aux mesures de dioxyde de carbone atmosphérique précédemment établies viennent appuyer l’idée selon laquelle de vastes épisodes volcaniques auraient mené à l’extinction de près de 80 % des espèces il y a environ 200 millions d’années, laissant le champ libre aux dinosaures.

L’extinction du Jurassique est une extinction massive qui s’est produite à la fin du Trias, au moment où la Pangée s’est fracturée il y a environ 200 millions d’années. Près de 20 % des espèces marines et une part importante des grands vertébrés terrestres auraient alors disparu à cette époque. Plusieurs hypothèses ont depuis quelques années été avancées pour expliquer cette « chute » du vivant. Elle pourrait être due à la conjugaison d’un ou plusieurs impacts d’astéroïdes (ceux de Manicouagan et de Chassenon-Rochechouart peuvent en témoigner), mais aussi, et surtout à des épisodes volcaniques liés à l’ouverture de la province magmatique centre atlantique ayant entraîné un réchauffement climatique global. C’est en tout cas ce que suggèrent de nouvelles preuves avancées par une équipe de chercheurs. Ces vastes éruptions auraient alors « préparé le terrain » pour les dinosaures en libérant des niches écologiques.

Lawrence Percival et son équipe de l’Université d’Oxford annoncent en effet détenir de nouvelles preuves qui renforcent cette idée : une « empreinte digitale » géologique globale indique que les gaz volcaniques ont à l’époque affecté la biodiversité au point de mener à l’extinction d’une grande partie du vivant. Les scientifiques ont travaillé en collaboration avec les universités d’Exeter et de Southampton pour examiner de plus près les niveaux de mercure dans les dépôts de sédiments prélevés au Royaume-Uni, en Autriche, en Argentine, au Groenland, au Canada et au Maroc. Les niveaux de mercure sont en effet libérés sous forme d’oligo-éléments dans les gaz volcaniques, constituant ainsi un indicateur d’activité assez fiable puisqu’il se répand dans l’atmosphère avant d’être absorbé par les processus organiques.

Les niveaux de mercure dans cinq des six échantillons analysés par l’équipe ont montré une forte augmentation de l’élément coïncidant avec le début de l’épreuve d’extinction du Trias, il y a 200 millions d’années, avec des pics correspondant aux augmentations de dioxyde de carbone atmosphérique précédemment établies. « Ces résultats appuient fortement les épisodes répétés d’activité volcanique à la fin du Trias », explique Lawrence Percival. Les niveaux accrus de dioxyde de carbone peuvent en effet avoir un impact dramatique sur les écosystèmes terrestres et marins en piégeant la chaleur et en augmentant l’acidité de l’océan. D’autre part, les particules fines libérées par des éruptions restent suspendues dans l’atmosphère, reflétant la lumière du soleil et provoquant une chute des températures.

Ces vastes éruptions volcaniques seraient également à l’origine de la séparation des continents. La province magmatique centre atlantique est une grande province ignée dont on retrouve des traces en Europe occidentale, sur toute la côte est des États-Unis et du Canada, dans tout l’ouest de l’Afrique et au nord-est de l’Amérique latine. La reconstitution paléogéographique de la position des continents il y a 200 millions d’années montre en effet que l’Afrique, l’Europe et l’Amérique étaient à l’époque soudées.

L’événement d’extinction qui marqua la frontière entre les périodes Triassique et Jurassique fut donc l’un des plus importants de toute l’Histoire, ébranlant la biosphère au point d’anéantir près de 80 % des espèces présentes à l’époque, y compris la majorité d’un groupe d’ancêtres des dinosaures (les archosaures) et façonnant la géologie terrestre. Savoir pourquoi un certain nombre d’espèces ont survécu et pas d’autres n’est pas encore tout à fait clair. Ce dramatique épisode semblerait néanmoins avoir provoqué une explosion du vivant avant de revenir à la charge près de 145 millions d’années plus tard.

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