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Il est peut-être déjà trop tard pour sauver la Mer Caspienne

Crédits : NASA MODIS / Aqua satellite — NASA

Le niveau de la Mer Caspienne pourrait baisser de 9 à 18 mètres d’ici la fin du siècle si rien n’est entrepris pour limiter la hausse de nos émission de gaz à effet de serre, prévient une étude.

La mer Caspienne est, avec une superficie de 371 000 km2, la plus grande des masses d’eau enclavées du monde. À noter que malgré ses dimensions et sa salinité, cette structure n’a actuellement pas le statut officiel de « mer », mais bien celui de lac (c’est le plus grand des lacs salés). Ceci étant dit, nous savons depuis plusieurs années que son niveau est en baisse (environ 1,5 m au cours des vingt dernières années) principalement à cause d’une évaporation accrue par le réchauffement climatique. Et ce n’est pas fini.

Une baisse de 9 à 18 mètres d’ici 2100

D’après une récente étude publiée dans Communications Earth & Environment, cette tendance inquiétante devrait en effet se poursuivre et s’intensifier à l’avenir. Les scientifiques estiment aujourd’hui que le niveau de cette masse d’eau salée pourrait baisser de 9 et 18 mètres d’ici la fin du siècle si les émissions continuent d’augmenter.

Un déclin de cette ampleur évaporerait quasiment l’ensemble du plateau nord de la Mer Caspienne et une partie du plateau turkmène au sud-est, préviennent les auteurs. La marge orientale, elle, pourrait complètement s’assécher.

Cette baisse programmée du niveau de la Mer capsienne aura évidemment des conséquences sur la faune locale, menant à une réorganisation globale des écosystèmes. La perte d’eau peu profonde dans le sud privera notamment les poissons, les oiseaux et les phoques endémiques de frayères et de nourriture.

Même les zones de la mer Caspienne déjà protégées seront « transformées au-delà de toute reconnaissance« , préviennent les auteurs. Et pour cause, les dépôts de nutriments seront réorientés vers la partie centrale du bassin, tandis que des « zones mortes » se dessineront en périphérie à mesure que les températures augmenteront et que les rivières transporteront moins d’oxygène.

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Vue sur la mer Caspienne à Bakou. Crédits : Wikipédia

Une menace largement sous-estimée

Les chercheurs évoquent également des conséquences géopolitiques. Et pour cause, les économies locales dépendantes de la pêche et du commerce maritime seront irrévocablement affectées. « La perte des moyens de subsistance et la menace de la sécurité alimentaire de millions de personnes dépendant de la mer Caspienne aura des conséquences socio-économiques dramatiques susceptibles de déclencher des conflits locaux et régionaux dans une région ethniquement diversifiée déjà en proie à des tensions« , peut-on lire dans l’étude.

D’après les chercheurs, il est probablement déjà trop tard pour sauver la Caspienne par la seule réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Aussi des mesures d’adaptation et d’atténuation au niveau régional seront essentielles pour limiter les dégâts. Ils en appellent également à une prise de conscience de cette « énorme crise encore largement sous-estimée« , soulignant que le Groupe d’experts international sur l’évolution du climat (GIEC) n’a abordé l’évaporation des lacs due au changement climatique dans aucun de ses récents rapports.