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Le plus grand appareil photo au monde prend ses premiers clichés

Le plan focal de la caméra est assez grand pour capturer une partie du ciel de la taille de 40 pleines lunes, et sa résolution est si élevée qu'une balle de golf pourrait être repérée à 24 km de distance. Crédits : : Greg Stewart / SLAC

Les chercheurs du SLAC ont testé le futur appareil photo de l’observatoire Vera C. Rubin (Chili), enregistrant les premiers clichés numériques de 3,2 milliards de pixels au monde.

Des chercheurs américains du SLAC (Centre de l’accélération linéaire de Stanford) travaillent depuis 2015 à fabriquer l’appareil photo numérique le plus grand et le plus puissant au monde. L’instrument sera l’une des pièces maîtresses de l’Observatoire Vera C. Rubin actuellement en construction au Chili.

Ce télescope, qui devrait être mis en service dans un ou deux ans, aura pour objectif de sonder les petits corps présents de notre Système solaire. Il sera également chargé de repérer des milliers de lentilles gravitationnelles dans le but de mesurer l’impact de la matière noire sur la pesanteur. Aussi le télescope suivra les mouvements de milliards d’étoiles et de galaxies.

Une résolution exceptionnelle

Le plan focal de l’appareil, qui mesure 60 centimètres, comprend 189 capteurs d’imagerie individuels enregistrant chacun environ 16 mégapixels. Une image complète réunira alors environ 3,2 gigapixels (3,2 milliards de pixels). Difficile d’appréhender une telle image. Pour se faire à l’idée, les chercheurs soulignent que nous aurions besoin de 378 écrans de télévision 4K ultra-HD pour pouvoir afficher ces images en taille réelle.

Les capteurs pourront repérer des objets 100 millions de fois plus sombres que ceux visibles à l’oeil nu. C’est un comme si vous pouviez distinguer une bougie à plusieurs milliers de kilomètres de distance. Notez que ce plan focal est également super plat, mesurant environ un dixième de la largeur d’un cheveu humain. De quoi garantir des images exceptionnellement nettes.

Une fois en service, l’appareil photo numérique sera utilisé pour capturer régulièrement des successions d’images panoramiques de tout le ciel du sud. Le projet, baptisé Legacy Survey of Space and Time (LSST), doit durer une dizaine d’années. De quoi jeter un nouvel éclairage sur la formation et l’évolution de l’Univers.

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Crédits : SLAC

Premières photos

Ceci étant dit, les chercheurs du SLAC ont pris les premières photos de l’appareil lors d’un récent test. Pour ce faire, ils ont baigné le plan focal dans un cryostat afin de refroidir les capteurs à -101,1°C, la température de fonctionnement requise. Ils ont ensuite choisi plusieurs sujets. Pour prendre ces photos, l’équipe a utilisé un trou d’épingle de 150 microns pour projeter les images sur le plan focal :

– La tête d’un chou romanesco (pour ses nombreux détails de sa surface)
– La Gravure sur bois de Flammarion
– Une photo de l’astronome américaine Vera Rubin
– Un montage photo avec les équipes qui travaillent sur le télescope
– Tous les logos des institutions impliquées dans le projet. Notez que vous avez la possibilité de zoomer dans les différentes images.

«Prendre ces images est une réalisation majeure», a déclaré Aaron Roodman, responsable du projet LSST. «Avec les spécifications strictes, nous avons vraiment repoussé les limites de ce qui est possible pour tirer parti de chaque millimètre carré du plan focal et maximiser la science que nous pouvons en faire».

Les chercheurs prévoient d’ajouter l’objectif, l’obturateur et le système d’échange de filtres de l’appareil photo plus tard cette année. Une fois ces tests terminés, l’appareil sera transporté au Chili et installé sur l’Observatoire.