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Climat : quand les Alpes passent du blanc au vert

L’analyse de données satellitaires à haute résolution illustre de façon inédite le verdissement massif qui affecte les Alpes européennes depuis une quarantaine d’années. Les résultats ont été publiés dans la célèbre revue Science le 2 juin dernier.

Les glaciers, de précieux régulateurs

Une des dimensions marquantes du réchauffement climatique en Europe est le recul prononcé des glaciers qui coiffent les Alpes. Les conséquences de ce retrait sont par ailleurs loin de se limiter à l’esthétique du paysage. En effet, les glaciers jouent un rôle très important du point de vue hydrologique : ils cumulent et stockent l’eau en saison froide, puis la libèrent progressivement en saison chaude.

Ces géants de glace permettent ainsi d’alimenter les rivières tout au long de la période estivale au moment où la demande en eau est la plus élevée. La faune, la flore, l’agriculture et le secteur de l’énergie dépendent ainsi fortement de ces apports. Par ailleurs, les loisirs et le tourisme montagnards relèvent très étroitement de leur présence.

En raison du rôle régulateur des glaciers, la déliquescence dont ils sont victimes a des impacts environnementaux et socio-économiques considérables. Pour ces raisons, le suivi de leur évolution récente et l’anticipation de leur retrait futur sous l’effet d’un réchauffement climatique peu enclin à ralentir sa course folle constituent des enjeux majeurs.

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Le Grand glacier d’Aletsh dans les Alpes suisses. Crédits : Frank Paul, Université de Zurich.

Le visage des Alpes sujet à de nouveaux contrastes

Dans ce contexte, des chercheurs ont quantifié l’évolution de l’enneigement et du couvert végétal alpins entre 1984 et 2021. Les données satellitaires montrent que si la surface du manteau neigeux accuse un recul qui se limite pour l’heure à quelque 10 % du domaine d’étude, un verdissement généralisé est observé sur près de 80 % des surfaces situées au-dessus de la limite des arbres.

« L’ampleur du changement s’est avérée absolument massive dans les Alpes », relate Sabine Rumpf, auteure principale de l’étude. « Les plantes alpines sont adaptées aux conditions extrêmes, mais elles ne sont pas très compétitives. Quand les conditions environnementales changent, ces espèces perdent leur avantage et sont supplantées par la concurrence. La biodiversité unique des Alpes est donc soumise à une pression considérable ».

Conséquence du réchauffement et d’un changement dans la saisonnalité des précipitations, la végétation se densifie, s’étend en altitude et gagne de nouvelles terres. Or, en passant de paysages enneigés ras ou rocailleux à un milieu bien plus végétalisé, la capacité à réfléchir le rayonnement solaire diminue et une quantité plus importante de ce dernier va servir à réchauffer le substratum.

« Des montagnes plus vertes réfléchissent moins la lumière du soleil et entraînent donc un réchauffement supplémentaire et, à son tour, une nouvelle diminution de la couverture neigeuse réfléchissante », rapporte la chercheuse. Ce phénomène de cercle vicieux n’est ainsi pas sans rappeler celui qui touche déjà de plein fouet le domaine arctique.

« Le verdissement pourrait augmenter la séquestration du carbone », indique l’étude dans son résumé. « Cependant, il est peu probable que cela compense les conséquences négatives, notamment la réduction de l’albédo et de la disponibilité en eau, la fonte du pergélisol et la perte d’habitat ».