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Vidéo : une bactérie surprise en train de “pêcher” l’ADN d’une bactérie morte

Crédits : Ankur Dalia / Indiana University

Une équipe de chercheurs annonce avoir réussi à filmer pour la première fois des bactéries en train de “pêcher” l’ADN de bactéries mortes. Un mécanisme qui permet – entre autres – de se transmettre la capacité de résistance face aux antibiotiques.

Ce petit film est inédit. Incroyable en soi, il pourrait également à l’avenir permettre de sauver de nombreuses vies. Deux bactéries Vibrio cholerae (choléra) sont sur la table, colorées pour mieux les visualiser. L’une d’elles est vivante, l’autre morte. La première, opportuniste, harponne alors avec un appendice (pilus) un morceau d’ADN de la défunte et l’intègre à son propre corps. On appelle ça le transfert horizontal de gènes. Théorisé, mais jamais directement observé, le processus vient (enfin) d’être filmé. Et cela pourrait grandement nous servir. Les détails de l’étude sont publiés dans la revue Nature Microbiology.

Une structure 10 000 fois plus fine qu’un cheveu humain

« Le transfert horizontal de gènes permet à la résistance aux antibiotiques de se déplacer entre espèces bactériennes, mais le processus n’a jamais été observé auparavant, car les structures en cause sont incroyablement petites, explique le biologiste Ankur Dalia, de l’Indiana University Bloomington (États-Unis) et principal auteur de l’étude. Il est important d’appréhender ce processus, car plus nous comprenons comment les bactéries partagent l’ADN, meilleures sont nos chances de les contrecarrer ».

Pour observer ce pilus en action – sorte de canne à pêche bactérienne 10 000 fois plus fine qu’un cheveu humain – les chercheurs expliquent avoir utilisé un colorant fluorescent. Ce n’est qu’en isolant les deux bactéries qu’il a été ensuite possible d’observer la première “se servir” dans la seconde. Et le processus est incroyablement précis. « C’est comme enfiler une aiguille, poursuit la biologiste Courtney Ellison, co-auteure de l’étude. La taille du trou dans la membrane externe est presque identique à la largeur d’une hélice d’ADN courbée en deux. S’il n’y avait pas de pilus pour le guider, il serait impossible pour le morceau d’ADN de s’intégrer dans le bon angle pour passer dans la seconde cellule ».

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Crédit : Ankur Dalia/ Indiana University

Transfert de résistance

Ainsi, lorsqu’une bactérie meurt, elle s’ouvre et libère son ADN. Cet appendice microbien permet alors de capturer des morceaux de cet ADN. Si la défunte bactérie avait “appris” à résister aux antibiotiques, alors cette résistance aux traitements serait transférée à la bactérie “voleuse” d’ADN, qui elle-même la transmettra à sa propre progéniture. C’est ainsi que la résistance aux antibiotiques se répand, au point de représenter un véritable danger pour la santé humaine.

Les super-bactéries résistantes pourraient en effet tuer jusqu’à 10 millions de personnes par an d’ici 2050, soit quasiment autant que le cancer, révélait il y a quelques semaines une étude. En appréhendant au mieux les mécanismes utilisés par ces organismes pour propager ces résistances aux traitements, les chercheurs mettent ainsi toutes les chances de leur côté pour contrecarrer le phénomène. Un coup d’avance qui pourrait sauver des millions de vies à l’avenir.

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