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Les femmes trans pourraient-elles un jour porter des enfants et accoucher ?

Crédits : Pixabay / DanielReche

La greffe de l’utérus rendra-t-elle bientôt possible la grossesse chez les hommes ? Le territoire de la greffe d’utérus suscite l’intérêt de milliers de patient(e)s, mais les chirurgiens et les endocrinologues restent prudents.

Lorsque Caleb Wilvich a eu vent en début décembre dernier de la première greffe réussie d’un utérus aux États-Unis, suivie d’un accouchement réussi, il était ravi – ou plutôt elle. Caleb s’identifie en effet comme femme trans, une femme assignée dans un corps d’homme à la naissance. À 29 ans, Caleb travaille dans un bureau dans la banlieue de Seattle et est pianiste à capella durant son temps libre. Et elle a en effet toujours voulu donner la vie, mais n’a jamais eu d’utérus. Beaucoup de femmes trans partagent ce désir. D’ailleurs, la communauté trans était en ébullition suite à l’annonce de cette première naissance réussie aux États-Unis. Le rêve de ces femmes de porter un bébé s’inscrit aujourd’hui dans une ambition plus large : être capable d’incarner complètement la féminité, jusqu’à la capacité de concevoir. Alors, les greffes d’utérus pourraient-elles un jour permettre aux personnes atteintes de dysphorie de genre de vivre dans un corps pleinement désiré ?

Grâce aux avancées de la transplantation d’organes, l’homme pourra accoucher « dès demain », déclarait en novembre dernier le président de la Société américaine pour la médecine reproductive Richard Paulson, cité par le quotidien britannique The Independent. L’homme assurait en effet que la greffe d’utérus ne sera bientôt plus uniquement réservée aux femmes. Il s’attend à ce que la demande pour ce genre d’opérations soit considérable, et argumente sa position par le nombre croissant de transgenres et par la popularité élevée du changement de sexe. « Vous pourrez le faire dès demain. Certaines difficultés existent, mais je ne vois aucun problème sérieux qui puisse rendre cette procédure impossible », avait-il déclaré lors d’un congrès de spécialistes dans le domaine de la médecine reproductive organisé à San Antonio, au Texas.

La procédure est tout de même invasive, et encore un peu expérimentale : donneur et receveur subissent en effet des interventions à risques. Le receveur prend également des médicaments immunosuppresseurs pour empêcher son corps de rejeter l’organe. C’est par ailleurs l’une des rares procédures de transplantation qui ne soit pas destinée à être permanente ou à sauver des vies. L’utérus transplanté peut être utilisé pour une ou deux grossesses et est ensuite retiré après environ quatre ans.

Outre les risques inhérents à l’opération en elle-même, le problème à l’avenir sera de décider qui pourrait ou non avoir accès à ce rêve. Les psychiatres, les médecins et les compagnies d’assurance sont aujourd’hui les gardiens de ces opérations. Qui pourra y être autorisé ? Difficile à dire. À l’heure actuelle, nous savons simplement que de nombreux régimes d’assurance ne couvrent pas ce type de chirurgie. Sur le plan médical, tout le monde n’est également pas d’accord sur le fait considérer cette chirurgie comme nécessaire. Dans une enquête récente menée auprès de plus de 400 obstétriciens-gynécologues, près d’un sur trois dit croire que les greffes utérines sont contraires à l’éthique.

L’infertilité n’est aujourd’hui pas menaçante pour la vie – même si l’Organisation mondiale de la Santé la classe dans la catégorie des maladies – car celle-ci ne pose aucun risque à long terme pour la santé physique, même si elle peut causer une détresse mentale. Et quand les éthiciens médicaux envisagent une opération de 300 000 $ à 500 000 $ (le prix estimé d’une telle chirurgie), beaucoup considèrent que ces précieuses ressources pourraient être allouées à de meilleures fins.

La recherche sur les cellules souches pourrait par ailleurs modifier encore plus radicalement la façon dont nous pouvons mettre à jour et adapter nos corps, par exemple à un genre. Les scientifiques savent comment utiliser les cellules d’une personne pour développer et former de nouveaux organes en laboratoire, qui peuvent éventuellement être implantés. Un laboratoire de l’Université Wake Forest en Caroline du Nord a déjà réalisé des implants vaginaux et urétraux. Pour développer ces organes en laboratoire, les scientifiques ont besoin de tissus originaux provenant de la personne qui reçoit l’implant afin de réduire le risque que le corps du patient rejette l’organe. L’échafaudage de collagène guide ensuite la forme dans laquelle les organes se développent. Ces expériences nécessitent une étude plus approfondie des effets à long terme, mais ils pourraient bientôt devenir plus largement disponibles.

Vivrons-nous alors un jour dans un monde où les gens pourront modifier leur corps plus facilement et plus fréquemment, à la recherche d’un “meilleur soi” ? Après tout, nous pouvons reconstruire à peu près chaque partie du corps humain : les dents, les os… Ce que nous ne savons pas faire en revanche, c’est rassembler tous ces éléments en une seule pièce cohérente. Ces changements de forme ne sont pas possibles pour le moment mais qui sait, tout va tellement vite.

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