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Ce crâne vieux de 13 millions d’années appartenait à une espèce proche de celle qui a donné naissance à l’Homme

Crédits : ISAIAH NENGO / NATURE

Cyprian Nyete et Isaiah Nengo, respectivement archéologue et paléoanthropologue, ont fait la découverte extrêmement rare d’un crâne vieux de treize millions d’années au Kenya, en 2014. Après l’avoir analysé pendant trois ans, ils ont publié leur étude le 9 août dernier dans la revue scientifique Nature, confirmant ainsi que le crâne appartenait à un animal d’une espèce jusqu’alors inconnue.

« Une espèce proche de celle qui a donné naissance à l’Homme »

La découverte a eu lieu en 2014 sur le site de Napudet, une région désertique du Kenya. En grattant le sol, le crâne quasiment complet d’un jeune primate apparaît, il fait la taille d’un citron.

Cyprian Nyete et Isaiah Nengo procèdent alors à la délicate excavation du crâne fossilisé. La paléoanthropologue Brenda Benefit, de l’université d’État du Nouveau-Mexique, a qualifié le fossile d’« extrêmement rare », car les sites archéologiques de cet âge (treize millions d’années) renferment majoritairement des fragments de fossiles peu concluants (dent, fragment d’os…).

D’après les auteurs de la découverte, le crâne appartient à un petit singe appartenant à « une espèce proche de celle qui a donné naissance à l’Homme ».

À l’époque où le petit singe vivait, la région était « une forêt de type équatorial dense » où le processus de fossilisation se faisait difficilement, d’où le caractère exceptionnel du crâne bien préservé qui a été retrouvé, selon Paul Tafforeau, coauteur de l’étude et paléoanthropologue à l’Installation Européenne de Rayonnement Synchrotron de Grenoble (ESRF).

Un ancêtre des grands singes africains

L’enjeu de l’étude du crâne consistait à déterminer l’espèce d’hominoïdes à laquelle son propriétaire appartenait. D’après les auteurs de ces travaux, le primate appartenait à une nouvelle espèce de primate : Nyanzapithecus alesi, une famille de grands singes dont les descendants actuels sont les gibbons, les orangs-outans, les gorilles, les chimpanzés, et les humains !

Il a fallu recourir au synchrotron de l’ESRF pour utiliser un faisceau extrêmement brillant de rayons X qui a permis de scanner le fossile et d’en réaliser des images très précises en trois dimensions.

Après nettoyage du crâne, l’analyse la mâchoire a conduit Paul Tafforeau à émettre l’hypothèse selon laquelle le primate pourrait être un ancêtre des gibbons, dont l’origine reste méconnue. Toutefois, son oreille interne serait « typique d’un grand singe classique », pourtant incapable de se déplacer avec l’agilité des gibbons.

Pour catégoriser le spécimen dans la famille des grands singes, les auteurs de l’étude ont eu recours à des algorithmes et ont pu reconstituer un ensemble d’arbres généalogiques du singe et du genre humain.

La branche à laquelle le fossile appartient, Nyanzapithecus, est une espèce éteinte de grands singes vivant en Afrique et très proche de celle qui se situe aux origines de l’Homme.

Dans l’arbre des hominoïdes, cette espèce se trouverait « tout près du tronc », ce pourquoi elle a été baptisée Nyanzapithecus alesi, « ales » signifiant « ancêtre » en langue turkana.

Grâce à l’analyse précise fournie par le synchrotron, les scientifiques ont aussi pu déterminer l’âge de l’animal au moment de son décès : seize mois. D’autres études suivront pour nous éclairer davantage sur l’histoire et la vie de ce spécimen de treize millions d’années.

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