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Les déjections d’oiseaux pour fertiliser les coraux ?

Crédits : Elsa BARTHES sur Flickr

Des chercheurs français se sont intéressés à l’impact des déjections d’oiseaux marins sur les récifs coralliens. À leur grande surprise, les coraux se développent mieux dans des zones où ces mêmes déjections sont omniprésentes.

Les scientifiques de l’Institut de recherche pour le développement (IRD) se sont rendus dans un des endroits les plus marginaux de la Terre, à savoir les archipels isolés et peu habités d’Entrecasteaux (Papouasie-Nouvelle-Guinée) et de Chesterfield (France). Il s’agissait de mener une étude afin de mieux comprendre comment le guano agit sur le corail.

« Ces minuscules îlots concentrent des dizaines de milliers d’oiseaux marins, appartenant à une grande variété d’espèces qui viennent s’y reproduire. Ils y passent de quelques mois à plus d’une année et vivent le reste du temps en haute mer dans le Pacifique tropical », indique le spécialiste de la faune insulaire Eric Vidal dans une publication de l’Institut de recherche pour le développement.

La découverte qui a été faite est surprenante : les coraux absorbent l’azote présent dans le guano des oiseaux vivant aux alentours. Cette conclusion a été possible après des analyses isotopiques précises de la composition des tissus. Il s’avère que l’azote et les coraux ne sont pas vraiment amis puisque ces derniers vivent habituellement dans des eaux cristallines où la teneur en nutriments est faible. Il faut également savoir que les activités humaines « azotées » contribuent généralement à abîmer et détruire le corail.

Crédits : Wikimedia Commons

Les coraux présents sur les archipels étudiés par l’IRD semblent être en bonne santé et ne semblent pas avoir été très impactés par l’épisode du blanchissement massif de 2016. Ainsi, les scientifiques se sont posé la question de savoir si l’azote avait agi pour leur santé et sont arrivés au constat qu’il existe un seuil de concentration en dessous duquel l’azote reste bénéfique. Cependant, même si le lien entre un certain niveau d’azote et une bonne santé des coraux a été établi, certains petits mystères restent encore à élucider :

« Les voies par lesquelles les éléments du guano finissent dans l’eau de mer restent à éclaircir. Il peut s’agir d’un lessivage des stocks accumulés sur les îlots, d’une percolation via des résurgences d’eau douce en mer, du dépôt direct de fientes lors des trajets effectués par les oiseaux au-dessus du lagon pour aller se nourrir, voire de tout ça à la fois », indique la biologiste Anne Lorrain, spécialiste de l’écologie trophique et du traçage isotopique.

Sources : Science & VieLe Marin