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Pourquoi la signature de la France des Accords Artemis est la plus importante à ce jour

Crédits : SpaceX

Comme le rapportait Sciencepost il y a quelques jours, la France a officiellement signé les accords Artemis de la NASA. La signature de notre pays, considéré comme l’un des piliers de l’aérospatial, porte à vingt le nombre de pays impliqués. Cependant, il a fallu convaincre.

Lorsque les accords Artemis ont été présentés sous l’administration Trump en octobre 2020, seuls huit pays se sont officiellement engagés, dont les États-Unis. Dès lors, quelques absences notables se sont fait ressentir. Deux des plus grandes superpuissances spatiales du monde, la Chine et la Russie, n’ont en effet pas signé et ne signeront probablement jamais. Deux autres grandes nations spatiales, la France et l’Allemagne, n’étaient pas non plus à bord. Finalement, notre pays est aujourd’hui de la partie.

La France est ainsi aujourd’hui considérée comme le plus important signataire des Accords à ce jour. Pour rappel, notre pays est en effet le premier contributeur au budget de l’Agence spatiale européenne. Les États-Unis entretiennent également un partenariat de longue date avec l’agence spatiale française, le CNES. Enfin, la France joue un rôle central dans l’exploitation du site de lancement et des fusées du principal fournisseur de lancement européen, Arianespace.

« Il était essentiel de mettre la France sur la même longueur d’onde que nous pour notre exploration lunaire et d’autres plans, car c’est l’acteur dominant en Europe avec l’Allemagne« , a notamment déclaré Gabriel Swiney, conseiller politique principal à la NASA.

Flou juridique

Si la France a mis du temps, c’est que nos responsables n’étaient pas complètement convaincus au départ. Les accords d’Artemis s’appuient en effet sur l’épine dorsale du droit international de l’espace : le Traité sur l’espace extra-atmosphérique entré en vigueur en 1967. Dans le cadre de ce traité, les signataires s’engagent à une exploration pacifique de l’espace, à ne pas revendiquer la souveraineté sur des objets célestes ou encore à ne pas placer d’armes de destruction massive en orbite. Cependant, ce cadre juridique a toujours été un peu vague, et donc ouvert aux interprétations.

Les accords d’Artemis vont donc plus loin en proposant des normes plus rigides. Sur la question lunaire, l’accord établit par exemple des « zones de sécurité ». Dans le détail, un pays qui mènera des travaux dans une région de la surface lunaire devra en informer les autres. Dès lors, ces derniers ne pourront pas interférer dans cette zone. Les accords appellent également à la préservation des sites patrimoniaux, comme les sites d’atterrissage des missions Apollo.

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L’administrateur de la NASA Bill Nelson et Philippe Baptiste, président du CNES, signant les accords Artemis. Crédits : NASA/Keegan Barber

Le problème de l’exploitation

Les pays pourront également exploiter la Lune pour trouver des matériaux, puis utiliser ces matériaux dans leurs efforts d’exploration lunaire. C’est ce concept d’utilisation des ressources spatiales qui a été considéré par certains, et notamment la France, comme étant en conflit avec l’instruction du Traité sur l’espace extra-atmosphérique de ne pas revendiquer la souveraineté d’un objet céleste.

« La France a été l’un des pays à clairement indiquer que les ressources spatiales étaient une question à laquelle la communauté internationale devait vraiment consacrer du temps et réfléchir« , poursuit Gabriel Swiney « La France craignait que cela ne se transforme en véritable ruée vers l’or ou que certaines des inégalités observées sur Terre ne se produisent également dans l’espace« .

La NASA et des représentants du gouvernement américain ont travaillé avec l’agence spatiale française sur les différentes inquiétudes soulevées. En fin de compte, tout le monde s’est mis d’accord. « Ils ont été ouverts sur le besoin de clarté sur certains des problèmes liés aux accords d’Artemis« , poursuit le chercheur « Maintenant, il semble que ces doutes aient été dissipés, conférant aux accords un sceau d’approbation majeur d’une nation autrefois sceptique« .

La prochaine grande conquête européenne serait l’Allemagne, le deuxième contributeur de l’ESA. L’Inde, qui prend plus en plus de place dans le domaine spatial, serait également un signataire particulièrement bienvenu.