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Racisme climatique : les humains ne sont pas tous égaux face à la hausse des températures

Crédits : Max Pixel

Une récente étude menée aux États-Unis montre que dans ce pays, les noirs subissent deux fois plus le changement climatique que les blancs. Comment cela est-il possible ? En réalité, tout est une question de répartition de la population dans l’espace urbain.

Des disparités au sein même des villes

Ce n’est pas un scoop, la chaleur est bien moins supportable en ville qu’à la campagne. Il faut dire que les bâtiments et les routes ont un impact sur les températures. Il s’agit là du phénomène d’îlot de chaleur urbain (ICU), décrit pour la première fois au XIXe siècle à Londres. Il s’agit d’élévations localisées des températures – durant la nuit et le jour – que l’on enregistre en milieu urbain par rapport aux zones rurales (ou forestières) voisines. Si les zones urbaines sont plus chaudes que les zones rurales ou forestières, des disparités existent également au sein même des villes. Il est ici question d’une opposition entre les zones ayant davantage d’arbres et autres espaces verts et les zones de population plus denses. Selon une étude publiée dans la revue Nature Communications le 25 mai 2021, cette opposition engendre un phénomène particulier : le racisme climatique.

En s’appuyant sur leurs travaux, les chercheurs des universités d’État de l’Arizona et de Yale estiment qu’en moyenne, les personnes non blanches (noirs, hispaniques, etc.) habitent dans des zones urbaines où les températures sont plus élevées l’été que celles des quartiers habités en majorité par des blancs. Or, selon les meneurs de l’étude, ce phénomène concernerait la plupart des grandes zones urbaines étasuniennes.

Los Angeles
Crédits : Wikimedia Commons

Afin d’arriver à leur conclusion, les chercheurs ont utilisé des données de température issues de mesures satellitaires. Ils ont couplé ces mêmes données avec des informations démographiques relatives au recensement de la population. Malheureusement pour les noirs, leur situation est la moins souhaitable. Ces derniers s’exposent en effet à une température en moyenne plus élevée de 3,12 °C par rapport aux normales – contre 1,47 °C pour les blancs.

Racisme climatique, raison historique

Selon les meneurs de l’étude, le phénomène prend le nom de racisme climatique pour une raison historique : la ségrégation raciale aux XIXe et XXe siècles aux États-Unis. Le fait est que d’autres recherches datant de 2020 avaient montré les liens entre les quartiers les plus chauds des grandes villes étasuniennes et les discriminations au logement remontant aux années 1930. Ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui, les noirs vivent beaucoup plus dans des quartiers très bétonnés et comportant moins d’espaces verts que les quartiers blancs.

Coups de chaleur, perte de productivité au travail et troubles de l’apprentissage font partie des effets pervers des épisodes de chaleur intense. Pour les chercheurs, planter des arbres dans les zones concernées permettrait de réduire les températures estivales de 1,5 °C. Toutefois, ce genre d’aménagements pourrait augmenter la valeur foncière de ces zones, et progressivement faire fuir les populations défavorisées.